Qui et comment ?
1. Qui fait partie des "classes de parties affectées" et doit voter ?
En pratique, le débiteur ou l'administrateur judiciaire identifient les parties affectées, constituent les classes et organisent le vote, sous le contrôle du juge-commissaire.
Sont des parties affectées uniquement celles dont les droits sont modifiés par le plan :
- des créanciers antérieurs (ceux dont la créance est née avant l'ouverture de la procédure), lorsque le plan prévoit un étalement, une réduction ou un rééchelonnement de leur paiement ;
- des associés ou actionnaires, lorsque le plan modifie leurs droits (dilution de leur participation, modification du capital ou de la gouvernance).
En revanche, certaines créances ne sont pas "affectées" par le plan et ne votent donc pas : créances issues du contrat de travail, les droits à pensions acquis au titre d'un régime de retraite professionnelle et les créances alimentaires.
En synthèse, seules les personnes réellement impactées par le plan votent.
2. Comment sont constituées les classes de parties affectées ?
Les parties affectées ne votent pas toutes ensemble. Elles sont réparties en classes distinctes, chacune regroupant des personnes ayant des intérêts économiques proches.
L'idée est simple : des personnes dans des situations différentes ne votent pas ensemble.
En pratique, plusieurs grands principes s'imposent :
- les créanciers disposant de garanties (par exemple : hypothèque ou nantissement) sont séparés des créanciers qui n'en ont pas ;
- les créanciers ayant accepté contractuellement d'être payés après d'autres sont regroupés à part ;
- les associés/actionnaires forment une ou plusieurs classes spécifiques lorsqu'ils sont concernés par le plan.
La logique dominante est celle de la communauté d'intérêt économique.
Cela signifie que peuvent être regroupés :
- des créanciers ayant le même type de créance,
- des partenaires partageant un intérêt commercial,
- des acteurs exposés au même niveau de risque en cas d'échec du plan.
Chaque partie est informée de sa classe et peut contester le classement si elle l'estime injustifié ou désavantageux.
Exemple concret : une banque bénéficiant d'une hypothèque sur un immeuble de l'entreprise ne sera pas dans la même classe que des fournisseurs non garantis. Elle dispose d'une protection particulière en cas d'échec du plan, contrairement aux fournisseurs. Ces catégories, aux risques et intérêts différents, votent donc dans des classes distinctes.
Comment se déroule le vote et que se passe-t-il si le plan est refusé ?
Une fois les classes définitivement constituées, le projet de plan est soumis au vote.
3. Comment vote-t-on ?
Chaque classe vote séparément.
Au sein d'une même classe, le poids de chaque vote dépend du montant des droits ou créances détenus.
La classe approuve le plan à la majorité des deux tiers des voix détenues par les membres ayant exprimé un vote.
4. Quand le plan est-il adopté ?
En principe, le plan est adopté lorsque toutes les classes l'approuvent. Ce fonctionnement vise à assurer un équilibre entre les intérêts des différentes parties concernées.
Mais le législateur a prévu une solution pour éviter qu'un refus isolé ne fasse échouer un projet pourtant viable.
5. Peut-on imposer le plan à une classe opposée ?
Oui, dans certains cas.
Le tribunal peut imposer le plan malgré le refus d'une ou plusieurs classes si, notamment, le plan est approuvé par une majorité de classes autorisées à voter (avec au moins une classe "prioritaire", par exemple des créanciers garantis, ou à défaut une classe qui aurait droit à un paiement selon la valeur de l'entreprise) et si les classes dissidentes ne sont pas moins bien traitées que dans l'hypothèse d'une liquidation (ou d'une autre solution meilleure).
L'objectif est clair : sauver l'entreprise lorsque le projet est économiquement cohérent, tout en protégeant les intérêts essentiels des parties opposées.
6. Et après le vote ?
Le jugement qui arrête (ou impose) le plan peut être contesté par appel, dans un délai de 10 jours à compter de sa notification.
Le tribunal conserve un rôle central pour vérifier que :
- les règles de vote ont été respectées,
- les droits des parties ne sont pas excessivement atteints,
- et que le plan constitue la meilleure solution possible.
En résumé, le vote des classes est décisif, mais il ne donne pas à une minorité un droit de blocage absolu.
À retenir :
- seules les personnes dont les droits sont modifiés par le plan votent ;
- les parties affectées sont regroupées en classes selon leurs intérêts économiques ;
- chaque classe vote séparément, à la majorité des deux tiers ;
- le tribunal peut imposer le plan malgré un refus, sous conditions strictes.