I. Vous avez connaissance du jugement d'extranéité : vérifier rapidement les recours possibles
Un jugement d'extranéité est une décision judiciaire qui constate qu'une personne n'est pas de nationalité française. Il peut notamment avoir été prononcé à la suite d'une action du ministère public contestant la nationalité française. Dans tous les cas, ce jugement peut avoir pour effet de priver son titulaire de la qualité de Français.
Si vous avez connaissance d'un tel jugement, la première question à se poser est celle de sa régularité. En droit français, un jugement en matière de nationalité ne produit pleinement ses effets qu'à condition d'avoir été signifié à la personne concernée et d'être devenu définitif à l'expiration des délais de recours. Ce n'est qu'à partir de la signification que ces délais commencent à courir.
Plusieurs voies s'offrent à vous. Si le jugement n'est pas encore définitif, un recours peut encore être possible, notamment un appel selon votre situation procédurale. S'il l'est, vous pouvez former une tierce opposition si vous n'étiez pas partie à l'instance, conformément à l'article 29-5 du Code civil. Vous pouvez également engager une action déclaratoire de nationalité devant le tribunal judiciaire compétent afin de faire constater judiciairement votre qualité de Français à un autre titre - filiation, possession d'état, naturalisation antérieure.
Dans tous les cas, il est impératif d'agir rapidement et de ne pas laisser la décision administrative produire ses effets sans réaction judiciaire.
II. Vous n'avez pas connaissance du jugement : son opposabilité doit être vérifiée
C'est souvent la situation la plus injuste : vous découvrez l'existence d'un jugement d'extranéité non pas par une notification officielle, mais à l'occasion d'un refus administratif de titre d'identité. Vous n'avez jamais été convoqué, jamais représenté, jamais informé.
Sur ce point, la Cour de cassation a rappelé une règle protectrice importante. Dans un arrêt du 28 février 2018 (Civ. 1ère, n° 16-20.572), rendu au visa des articles 29-5 du Code civil et 505 du Code de procédure civile, elle a cassé un arrêt de cour d'appel qui avait considéré un jugement comme définitif sur la seule foi d'un certificat de non-appel. La Cour a jugé que les juges du fond auraient dû constater que le jugement avait été signifié à la personne dont la nationalité était en cause et qu'il avait acquis force de chose jugée à l'expiration des délais de recours - ce qui ne peut résulter de la seule mention d'un certificat de non-appel.
En pratique, un jugement d'extranéité qui n'a pas été régulièrement signifié à l'intéressé ne peut pas être regardé comme définitif et opposable dans les conditions rappelées par la Cour de cassation. Si l'administration fonde son refus sur un tel jugement sans établir son caractère définitif et opposable, sa décision peut être entachée d'une erreur de droit et contestée devant le tribunal administratif.
Conclusion : le préfet ne peut pas se substituer au juge
Quelle que soit la situation, il faut rappeler un principe fondamental que l'administration oublie parfois commodément : seul le juge judiciaire est compétent pour statuer sur la nationalité française, en vertu de l'article 29-1 du Code civil. Le préfet n'a pas le pouvoir de trancher lui-même une question de nationalité, fût-ce de manière incidente. En présence d'un certificat de nationalité française, l'administration ne peut pas écarter la qualité de Français sans s'appuyer sur une décision judiciaire définitive, régulièrement signifiée et opposable ; un refus de titre doit donc être apprécié avec prudence au regard des pièces du dossier. Un tel refus peut être contesté devant le juge administratif et, en cas d'urgence, une procédure de référé peut parfois être envisagée, selon les circonstances du dossier.
Face à cette situation, il est important de réagir rapidement et de vérifier les recours ouverts selon votre dossier.