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Par Maître ANGELI, Avocat Publié le 03/08/2026 à 08h25
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Une entreprise qui découvre l'utilisation de l'un de ses contenus dans une vidéo peut demander à YouTube d'en interrompre la diffusion. La démarche paraît légitime lorsqu'elle vise à protéger de véritables droits. Elle devient plus délicate lorsque le blocage est obtenu sur un fondement qui n'est finalement pas reconnu. Dans un jugement rendu le 19 juin 2026, le tribunal judiciaire de Paris a condamné une société de production à indemniser une association dont 22 vidéos étaient restées indisponibles pendant plus de deux ans. Cette décision montre qu'un signalement mal fondé peut avoir un coût pour celui qui en est à l'origine.
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Pourquoi une plateforme peut-elle bloquer une vidéo ?
Les plateformes en ligne concernées doivent mettre à la disposition de leurs utilisateurs un dispositif permettant de signaler certains contenus considérés comme illicites. Cette obligation figure notamment dans le règlement européen sur les services numériques, plus souvent désigné par son sigle anglais " DSA ".
La notification consiste à expliquer à la plateforme pourquoi une vidéo devrait être supprimée ou rendue inaccessible. Elle peut, par exemple, être utilisée lorsqu'une personne estime que son ?uvre, son image ou sa marque est exploitée sans autorisation.
Le simple fait d'effectuer un signalement n'est donc pas fautif. En revanche, la demande doit être suffisamment précise et reposer sur des droits que son auteur est en mesure de justifier. Une notification ne doit pas servir à écarter un contenu uniquement parce qu'il dérange ou concurrence celui qui en demande le retrait.
Quand une vidéo est-elle protégée par le droit d'auteur ?
Dans l'affaire examinée par le tribunal, une association avait intégré dans le générique de ses vidéos deux très courts extraits, d'une durée de deux secondes chacun, provenant d'émissions produites par une société. Celle-ci estimait que cette utilisation portait atteinte à ses droits et avait obtenu le blocage de 22 vidéos.
L'article L.111-1 du Code de la propriété intellectuelle reconnaît à l'auteur des droits sur son ?uvre dès sa création. Toutefois, la protection par le droit d'auteur suppose que les éléments revendiqués présentent un caractère original.
L'originalité signifie que la création traduit de véritables choix personnels. Une idée générale, un concept d'émission ou l'utilisation de procédés habituels ne suffisent pas nécessairement. Dans cette affaire, le tribunal a considéré que le décor, la place occupée par les personnes interrogées et l'alternance des plans correspondaient à des méthodes courantes dans les émissions d'interview. Il n'a donc pas retenu, dans cette affaire, la protection par le droit d'auteur pour les éléments invoqués.
Un signalement injustifié peut-il engager une responsabilité ?
Le tribunal a appliqué l'article 1240 du Code civil. Ce texte pose une règle simple : la personne qui cause un dommage par sa faute peut être tenue de le réparer.
Les juges ont relevé que la société de production avait un intérêt économique à obtenir le retrait des vidéos. Ils ont également constaté que son signalement avait entraîné leur blocage alors que les droits invoqués n'étaient finalement pas reconnus.
Le jugement indique ainsi qu'une personne qui demande le retrait d'un contenu dans son propre intérêt peut agir à ses risques et périls. Cela ne signifie pas qu'elle engage automatiquement sa responsabilité dès que la plateforme ou un tribunal refuse son argumentation. Une erreur de bonne foi ne conduit pas nécessairement à une condamnation.
En revanche, lorsque la demande provoque un blocage injustifié et cause un dommage identifiable, la responsabilité de son auteur peut être recherchée. Cette solution reste étroitement liée aux circonstances de l'affaire. Il s'agit, par ailleurs, d'un jugement rendu en première instance et non d'une règle générale définitivement fixée pour tous les signalements effectués auprès des plateformes.
À retenir
Demander à une plateforme de bloquer une vidéo reste une démarche légitime lorsqu'elle vise à protéger un droit réel et suffisamment établi. Il est toutefois prudent de vérifier, avant tout signalement, que le contenu revendiqué bénéficie effectivement d'une protection et que l'utilisation contestée peut réellement être interdite. Le jugement du tribunal judiciaire de Paris du 19 juin 2026 montre qu'une entreprise ayant un intérêt économique au retrait peut être amenée à indemniser l'auteur des vidéos lorsqu'elle provoque un blocage injustifié. Une telle responsabilité n'est cependant pas automatique : elle dépend du fondement de la demande, du comportement de son auteur et de la réalité du dommage subi.
Les étapes à respecter avant de signaler une vidéo :
1. Vérifier les droits invoqués
Avant toute demande de retrait, identifiez précisément la création concernée et rassemblez les documents permettant d'établir vos droits. Vérifiez également que les éléments repris présentent bien un caractère protégeable.
2. Adapter la demande à la situation
Le signalement doit viser uniquement les vidéos réellement concernées. Il est préférable d'expliquer clairement les faits reprochés, les passages en cause et la raison pour laquelle leur diffusion paraît illicite.
3. Conserver toutes les preuves
Archivez les vidéos, les captures d'écran, les notifications adressées à la plateforme et les réponses reçues. Ces éléments pourront servir à justifier le signalement ou, à l'inverse, à contester un blocage qui paraît infondé.
Fiche pratique rédigée par
Maître Guillaume ANGELI
Avocat au barreau de PARIS (droit bancaire, droit commercial, droit de la consommation)
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