I. Tour d'horizon des principaux statuts
Deux options permettent de lancer son activité seul et sans passer par la case société, avec des formalités réduites et un coût de départ quasi nul. Accessibles à tous, elles ne nécessitent ni capital, ni statuts, ni publication d'annonce légale - simplement une déclaration en ligne:
1° La micro-entreprise est la formule la plus accessible qui soit. L'inscription se fait entièrement en ligne, en quelques minutes, sur le site de l'URSSAF. Pas de comptabilité complexe, pas de bilan annuel à déposer : un simple livre de recettes suffit. Les cotisations sociales sont calculées en pourcentage du chiffre d'affaires réellement encaissé - si l'on ne facture rien, on ne paie rien. Ce régime est particulièrement adapté pour tester une idée, démarrer une activité en parallèle d'un emploi salarié, ou exercer une activité complémentaire. Son principal inconvénient réside dans les plafonds de chiffre d'affaires annuel imposés par la loi : 77 700 € pour les prestations de services, 188 700 € pour la vente de marchandises. Au-delà de ces seuils, dépassés deux années consécutives, le basculement vers un autre régime est automatique. Par ailleurs, les charges professionnelles ne sont pas déductibles : ce régime devient donc moins avantageux fiscalement dès lors que l'activité génère des frais importants (matériel, déplacements, sous-traitance?).
2° L'entreprise individuelle (EI) s'adresse à ceux qui souhaitent exercer à titre principal, sans limite de chiffre d'affaires et avec la possibilité de déduire leurs charges réelles. Artisans, commerçants, professions libérales non réglementées : ce statut leur offre un cadre souple et éprouvé. Depuis la loi du 14 février 2022, une avancée majeure a été introduite : le patrimoine personnel du dirigeant est désormais automatiquement protégé en cas de dettes professionnelles, sans qu'il soit nécessaire de créer une société. Les bénéfices sont imposés à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie correspondant à la nature de l'activité (BIC pour les commerçants et artisans, BNC pour les professions libérales). Le dirigeant relève du régime des travailleurs non salariés (TNS), avec des cotisations sociales généralement moins élevées qu'un salarié, mais une couverture maladie et retraite à surveiller attentivement.
II. Quel statut pour quel projet ?
Au-delà de l'exercice en nom propre, il est possible de créer une société lorsque l'activité dépasse le cadre de l'exercice solitaire. Contrairement aux régimes précédents, les sociétés constituent des entités juridiques distinctes de leur dirigeant. Deux grandes familles de sociétés s'offrent alors au créateur :
1° La SARL (Société à Responsabilité Limitée) est la forme sociétaire la plus répandue en France. Elle convient particulièrement aux projets portés en famille ou entre associés de confiance, dans un cadre juridique encadré et protecteur. La responsabilité de chaque associé est strictement limitée au montant de ses apports : en cas de difficultés financières, les biens personnels des associés ne peuvent pas être saisis. Le capital social minimal est fixé à 1 €, bien qu'un capital cohérent avec la réalité du projet soit toujours recommandé. Le gérant majoritaire relève du régime des travailleurs non salariés (TNS), ce qui implique des cotisations sociales moins élevées qu'un salarié, mais une protection moindre en matière de maladie et de retraite. La SARL est soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) par défaut. Sa version unipersonnelle, l'EURL, permet à un entrepreneur seul de bénéficier de ce même cadre, avec en prime la possibilité d'opter pour l'impôt sur le revenu (IR), ce qui peut s'avérer fiscalement avantageux en début d'activité.
2° La SAS (Société par Actions Simplifiée) se distingue par sa grande souplesse de fonctionnement. Ses statuts sont librement rédigés, ce qui permet d'adapter précisément les règles de gouvernance aux besoins du projet : répartition des pouvoirs, conditions d'entrée de nouveaux associés, modalités de prise de décision. C'est la structure de prédilection pour les projets à fort potentiel de croissance, les startups ou toute activité susceptible d'accueillir des investisseurs extérieurs. Le président de SAS est assimilé salarié : il bénéficie d'une couverture sociale proche de celle d'un cadre (assurance maladie, retraite), en contrepartie de cotisations sociales plus élevées. La SASU, version unipersonnelle de la SAS, offre ces mêmes avantages à l'entrepreneur qui souhaite exercer seul tout en se ménageant la possibilité d'ouvrir ultérieurement son capital. Dans les deux cas, la création implique la rédaction de statuts, le dépôt du capital social et la publication d'une annonce légale, ce qui engendre des frais de constitution de l'ordre de 200 à 500 €.