I/ La première question à se poser n'est pas "comment obtenir une autorisation" mais "est-ce que j'en ai besoin ?
L'autorisation de travail n'est pas systématiquement requise - elle dépend entièrement du titre de séjour que détient le salarié.
Un étranger non européen peut se trouver dans trois situations très différentes :
- Son titre l'autorise à travailler librement : aucune démarche à faire.
- Son titre l'autorise à travailler uniquement pour un poste ou un employeur précis : une nouvelle autorisation est nécessaire si vous l'embauchez.
- Son titre ne l'autorise pas - ou pas au-delà d'un certain volume horaire : une autorisation est indispensable avant d'aller plus loin.
Les principaux titres de séjour :
1. La carte de résident (10 ans) Le titre le plus protecteur pour l'employeur. Il confère le droit d'exercer toute activité professionnelle sur l'ensemble du territoire, sans aucune démarche spécifique. Il suffit de vérifier la validité de la carte.
2. La carte "vie privée et familiale" : Elle est délivrée dans de nombreuses situations (conjoint de Français, parent d'enfant français, étranger malade, liens personnels et familiaux anciens en France?); elle donne également droit au travail sans restriction, à condition d'être en cours de validité. Là encore, aucune autorisation à solliciter.
3. Le statut de réfugié ou bénéficiaire de la protection subsidiaire : Ces personnes ont le droit de travailler dès l'obtention de leur protection internationale, sans condition particulière côté employeur. Si vous n'avez pas encore reçu de réponse sur votre demande d'asile, vous pourrez déposer une demande d'autorisation de travail en veillant bien à respecter le délai de 6 mois depuis le dépôt de la demande d'asile.
4. La carte "salarié" ou "travailleur temporaire" : Ces titres sont délivrés en lien direct avec une autorisation de travail préalable, pour un poste et un employeur précis. Changer d'employeur, de poste ou renouveler le contrat implique de recommencer la procédure - c'est une source fréquente d'erreurs.
5. Le visa étudiant Un étudiant étranger peut travailler en France, mais dans la limite de 964 heures par an (60 % du temps légal annuel). Au-delà, une autorisation de travail est obligatoire - et elle ne s'obtient pas de droit : les pièces à fournir varient selon l'avancement du cursus.
6. Le récépissé, l'APS ou l'API (attestation de prolongation d'instruction) Des documents provisoires qui méritent une attention particulière selon leur nature et leur date. Elles peuvent autoriser à travailler, auquel cas elles dépendent de la nature du document.
Quand une autorisation est nécessaire : comment ça se passe concrètement
La demande est :
- Au moyen du CERFA n°16186*1 lorsque la personne étrangère réside en France et est en situation administrative irrégulière (cas d'une première demande de délivrance de titre de séjour "salarié")
- Déposée en ligne sur le site de l'ANEF (portail de l'administration des étrangers en France) dans les autres cas.
Le dossier à constituer varie selon plusieurs critères : le salarié réside-t-il déjà en France ou à l'étranger ? Le contrat est-il à durée déterminée ou indéterminée ? La profession est-elle réglementée ? Le poste est-il soumis à l'opposabilité de la situation de l'emploi ?
Ce dernier point a évolué depuis le 3 janvier 2025. L'arrêté du 3 janvier 2025 a durci les exigences documentaires dans plusieurs hypothèses :
- Quand le poste est soumis à l'opposabilité de la situation de l'emploi, l'employeur doit désormais non seulement prouver qu'il a publié une offre, mais aussi documenter les suites de cette recherche : combien de candidatures a-t-il reçues ? Pourquoi aucun candidat local ne convenait-il ? Cette exigence de traçabilité du processus de recrutement est nouvelle et contraignante.
- Pour un emploi saisonnier, une obligation d'hébergement s'ajoute au dossier : attestation sur l'honneur de logement décent, adresse précise, identité de l'employeur, contrat signé. L'administration vérifie désormais formellement les conditions d'accueil du salarié et non seulement sa qualification.
- Pour un étudiant étranger, les pièces requises diffèrent selon qu'il a ou non terminé ses études. Un étudiant encore inscrit dont les heures travaillées dépasseraient le plafond légal devra fournir une preuve d'inscription en cours de validité. Celui qui a achevé son cursus ou dispose d'un titre de recherche d'emploi sera soumis à un régime différent, nécessitant des diplômes et des justificatifs professionnels.
- Attestation de cotisations sociales : Les employeurs doivent désormais fournir une attestation de versement des cotisations sociales datant de moins de six mois. En pratique, certaines préfectures le demandaient déjà informellement, mais cet arrêté uniformise et formalise cette exigence.
En pratique,
Vérifiez toujours le titre avant la promesse d'embauche, pas après. Conservez une copie du document. Si une autorisation est nécessaire, anticipez plusieurs semaines avant la date de prise de poste souhaitée. Et si vous avez le moindre doute sur la situation de votre futur salarié, consultez un avocat spécialisé avant de vous engager.