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On parle beaucoup de l'expatriation fiscale des contribuables les plus fortunés, mais assez peu de l'expatriation sociale. Pourtant, l'expatriation sociale peut conduire déjà à des conséquences financières significatives. L'occasion de faire le point.
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Expatriation sociale et expatriation fiscale : quelle différence?
L'expatriation fiscale consiste à transférer sa résidence fiscale hors de France. En principe, un non-résident est imposable en France sur ses revenus de source française, tandis qu'un résident fiscal de France est imposable en France sur ses revenus mondiaux, sous réserve notamment des conventions fiscales applicables.
Les critères de définition d'un résident fiscal de France sont très larges. Il s'agit notamment : (i) des personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; (ii) celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; ou (iii) celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques, ou (iv) les agents de l'Etat, des collectivités territoriales et de la fonction publique hospitalière qui exercent leurs fonctions ou sont chargés de mission dans un pays étranger et qui ne sont pas soumis dans ce pays à un impôt personnel sur l'ensemble de leurs revenus.
Il suffit de remplir l'un de ces critères d'assujettissement pour être considéré comme résident fiscal de France. Une convention fiscale peut toutefois s'y opposer lorsque le contribuable est aussi résident fiscal dans un Etat étranger, et que la convention fiscale entre la France et cet Etat conduit à regarder le contribuable comme non-résident de France.
En pratique, cesser d'être résident fiscal de France suppose de ne plus remplir les critères de domiciliation fiscale en France, ce qui implique souvent un transfert réel du foyer, du lieu de séjour principal, de l'activité ou du centre des intérêts économiques. Le plus souvent, le contribuable doit aussi être en mesure de prouver qu'une administration fiscale étrangère le regarde comme résident de cet Etat étranger. Or, ce n'est pas toujours souhaité, pour diverses raisons personnelles.
L'expatriation sociale consiste à être assujetti à titre obligatoire à la sécurité sociale d'un Etat étranger. Ce faisant, la législation applicable en matière de sécurité sociale est celle de l'Etat étranger. Le plus souvent, et notamment au sein de l'Union Européenne, les engagements internationaux de la France éliminent le double assujettissement en matière de sécurité sociale.
Cette expatriation sociale est notamment possible lorsqu'un contribuable exerce une activité salariée dans un autre Etat membre de l'UE, sans pour autant avoir un contrat de travail en France.
Quelles sont les possibles conséquences fiscales d'une expatriation sociale?
Un contribuable expatrié socialement mais pas fiscalement demeure résident fiscal de France. Il est par conséquent assujetti à l'impôt sur le revenu sur ses revenus mondiaux. Son patrimoine mondial est aussi soumis aux impôts sur le capital français, à savoir notamment l'impôt sur la fortune immobilière et les droits de donation ou de succession.
L'imposition du capital peut toutefois être limitée au seul capital situé en France lorsqu'il est question d'un impatrié. Cela vise notamment les personnes qui n'ont pas été fiscalement domiciliées en France au cours des cinq années civiles précédant celle au cours de laquelle elles ont leur domicile fiscal en France.
En revanche, dans certaines situations, notamment lorsqu'un résident fiscal de France est affilié à titre obligatoire à un régime de sécurité sociale d'un autre Etat de l'UE, de l'EEE ou de la Suisse selon les règles applicables, l'assujettissement à certaines contributions sociales françaises sur les revenus du patrimoine peut être écarté. Cela concerne notamment le cas où un contribuable résident de France est affilié à titre obligatoire à un régime de sécurité sociale d'un autre Etat membre de l'Union Européenne, et qu'il n'est pas à la charge d'un régime obligatoire de sécurité sociale français. En revanche, le prélèvement de solidarité de 7,5% reste applicable.
Ainsi, lorsque le prélèvement forfaitaire unique s'applique et que les conditions d'exonération de CSG/CRDS sont réunies, la taxation de certains dividendes et intérêts peut être limitée à 20,3 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 7,5 % de prélèvement de solidarité. Cela contraste avec le taux effectif de 31,4% pour les résidents français relevant de la sécurité sociale française.
Concernant les revenus professionnels, le basculement dans un régime de sécurité sociale étranger ne permettra pas d'échapper aux cotisations sociales étrangères. Toutefois, les cotisations sociales étrangères peuvent s'avérer plus avantageuses que les cotisations sociales françaises.
Au total, l'expatriation sociale peut être un outil susceptible de conduire à une optimisation significative du taux effectif d'imposition des revenus d'un résident fiscal français, et ce, sans transfert de résidence fiscale.
Toute planification patrimoniale fondée sur une expatriation sociale est complexe, et nécessite l'accompagnement d'un conseil dans l'ensemble des Etats concernés.
Fiche pratique rédigée par
Maître Edouard BERTHIER
Avocat au barreau de LYON (droit de l'union européenne, droit des entreprises en difficulté, droit des sociétés)
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