I. Une protection pénale qui sécurise la révélation des faits
Sur le terrain pénal, la protection commence par une cause d'irresponsabilité spécifique : en principe, le lanceur d'alerte ne peut pas être condamné parce qu'il a divulgué une information protégée par le secret, dès lors qu'il respecte les conditions légales. Il doit être une personne physique agissant de bonne foi, sans contrepartie financière directe, qui signale ou divulgue des informations portant sur une infraction ou une menace grave pour l'intérêt général, conformément à la loi Sapin 2.
La divulgation doit aussi être nécessaire et proportionnée : le lanceur d'alerte ne doit pas révéler plus d'informations que ce qui est indispensable pour dénoncer les faits en cause. Depuis 2022, cette immunité s'étend aux actes entourant l'alerte, comme le fait de copier, emporter ou conserver des documents auxquels il a eu légalement accès pour prouver ce qu'il avance.
En revanche, certains secrets restent intouchables, comme le secret de la défense nationale, le secret médical ou le secret professionnel de l'avocat. Enfin, l'immunité profite désormais aussi aux complices qui assistent le lanceur d'alerte dans sa démarche, par exemple des associations ou des personnes qui l'aident à constituer son dossier.
II. Une protection civile et disciplinaire pour lutter contre les représailles
Au?delà du pénal, la loi prévoit une irresponsabilité civile : si les conditions sont remplies, le lanceur d'alerte ne peut pas être condamné à indemniser les dommages causés par son signalement ou sa divulgation publique. Il faut qu'il ait eu des "motifs raisonnables" de croire que l'intégralité des informations révélées était nécessaire pour sauvegarder l'intérêt en cause. Cette protection bénéficie aussi à son entourage professionnel proche, comme les facilitateurs ou certaines entités qu'il contrôle.
Sur le plan professionnel, la loi interdit toute mesure de représailles liée à l'alerte : licenciement, sanction disciplinaire, mutation punitive, rétrogradation, dégradation des conditions de travail, atteinte à la réputation, etc. Ces mesures sont considérées comme nulles de plein droit et leur auteur peut être condamné pour discrimination. Le régime s'applique largement : salariés du privé, agents publics, militaires, mais aussi travailleurs indépendants ou prestataires extérieurs, afin de protéger tous ceux qui, dans un contexte professionnel, prennent le risque de signaler des comportements graves. En cas de litige, la charge de la preuve est aménagée au bénéfice du lanceur d'alerte : dès qu'il apporte des éléments laissant supposer une alerte, c'est à l'employeur de démontrer que sa décision est étrangère à toute représaille.