I. La caractérisation de la faute inexcusable de l'employeur
La faute inexcusable de l'employeur repose aujourd'hui sur un critère relativement stable : le salarié doit démontrer que son employeur avait, ou aurait dû avoir, conscience du danger et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver. Le juge apprécie ces deux éléments au cas par cas, en tenant compte notamment des risques connus dans le secteur, des alertes éventuellement formulées (par le salarié, le CSE, l'inspection du travail) et des dispositifs de prévention réellement mis en place.
L'obligation de sécurité de l'employeur est une obligation légale, mais la jurisprudence vérifie concrètement l'efficacité et la suffisance des mesures adoptées : une simple existence formelle de documents ou de procédures peut ne pas suffire.
À l'inverse, lorsque l'employeur justifie de démarches sérieuses et adaptées, la faute inexcusable n'est pas automatiquement retenue, même si l'accident ou la maladie est reconnu d'origine professionnelle. La reconnaissance de la faute inexcusable n'est donc pas automatique : elle suppose un examen détaillé des faits, des risques identifiés et des moyens de prévention effectivement mis en place dans l'entreprise.
En pratique, rassembler les preuves relatives aux risques connus et aux mesures de prévention réellement déployées est souvent déterminant pour apprécier l'opportunité d'un recours en faute inexcusable.
II. Les démarches et les effets principaux
Le recours en reconnaissance de la faute inexcusable est enfermé dans un délai de deux ans, dont le point de départ peut varier selon la situation (accident, reconnaissance du caractère professionnel, fin des indemnités, etc.), ce qui impose une vigilance particulière. La victime ou ses ayants droit saisissent d'abord la caisse (CPAM ou autre organisme compétent) afin d'organiser une tentative de conciliation avec l'employeur ; si aucun accord n'est trouvé, l'affaire peut ensuite être portée devant le pôle social du tribunal judiciaire, puis éventuellement devant la cour d'appel et la Cour de cassation.
En cas de succès, la victime bénéficie, en principe, d'une majoration de sa rente ou d'un doublement de son capital ainsi que de l'indemnisation de divers préjudices personnels (souffrances, préjudice d'agrément, préjudice esthétique, etc.), dans les limites fixées par les textes et la jurisprudence. Les ayants droit peuvent également, selon leur situation, percevoir une rente majorée et la réparation de leurs préjudices moraux, tandis que l'employeur supporte, en définitive, le coût financier des sommes avancées par la caisse. Cette procédure peut donc représenter un enjeu financier significatif pour les deux parties, ce qui justifie une préparation soigneuse du dossier (prescription, preuves, pièces médicales et sociales, éléments de prévention).
Compte tenu des délais, des montants en jeu et de la technicité du contentieux, il est fréquemment opportun de se faire accompagner dès le stade amiable pour sécuriser la stratégie et les demandes présentées.
Une action en reconnaissance de la faute inexcusable de l'employeur permet, lorsqu'elle est fondée, d'améliorer sensiblement l'indemnisation de la victime, mais elle reste un contentieux très factuel et encadré, qui suppose d'agir dans les délais et de préparer un dossier solide en étant accompagné pour apprécier, au cas par cas, si cette voie de recours paraît réellement adaptée à la situation rencontrée.