La faute de gestion du salarié ne suffit pas, en principe, à engager sa responsabilité civile
La faute de gestion désigne un comportement contraire à l'intérêt de l'entreprise résultant d'une décision inadaptée, d'une imprudence grave ou encore d'agissements préjudiciables à la société. Cette notion est traditionnellement utilisée à l'égard des dirigeants sociaux, dont la responsabilité peut être engagée lorsqu'ils commettent des fautes dans l'administration ou la gestion de la société.
Toutefois, lorsqu'un salarié agit dans le cadre de ses fonctions et sous l'autorité de son employeur, les erreurs ou négligences qu'il commet relèvent en principe du risque normal de l'entreprise. Dès lors, même lorsqu'elles sont qualifiées de fautes de gestion, elles ne permettent pas d'engager sa responsabilité civile personnelle en l'absence de faute lourde.
La jurisprudence admet ainsi que le salarié qui agit conformément aux instructions reçues ou dans les limites de sa mission demeure protégé par son statut. À titre d'illustration, un directeur administratif signant des chèques ou des documents sociaux pour le compte du dirigeant n'est pas considéré comme exerçant une fonction dirigeante dès lors qu'il se borne à exécuter les pouvoirs qui lui ont été délégués. De même, le seul fait de disposer d'une signature bancaire ou d'exercer d'importantes responsabilités opérationnelles ne suffit pas à caractériser une responsabilité personnelle.
En pratique, sauf démonstration d'une intention de nuire, les fautes de gestion commises par un salarié ne peuvent donc généralement pas donner lieu à une action indemnitaire de l'employeur à son encontre.
L'exception du salarié qualifié de dirigeant de fait
La situation est différente lorsque le salarié dépasse le cadre de ses fonctions et exerce, en toute indépendance, de véritables actes de direction de la société. Dans ce cas, il peut être qualifié de dirigeant de fait et être soumis au régime de responsabilité applicable aux dirigeants sociaux.
Selon une définition constante de la Cour de cassation, est dirigeant de fait celui qui exerce de manière continue et indépendante une activité positive de gestion et de direction engageant la société, en se comportant comme le véritable maître de l'affaire. La qualité de salarié n'est pas incompatible avec celle de dirigeant de fait dès lors qu'il est démontré que l'intéressé n'est plus soumis à un véritable lien de subordination.
La qualification repose sur un faisceau d'indices révélant une autonomie décisionnelle effective : négociation et signature de contrats stratégiques, gestion autonome des finances de la société, direction des salariés, représentation de l'entreprise auprès des tiers ou encore prise de décisions engageant durablement la société. À l'inverse, la simple détention d'une procuration bancaire, l'exécution d'une délégation de pouvoirs ou l'exercice de fonctions importantes sous le contrôle du dirigeant légal ne suffisent pas à caractériser une direction de fait.
La Cour de cassation a récemment rappelé que n'est pas dirigeant de fait le directeur gestionnaire salarié qui agit dans les limites de la mission qui lui a été confiée et sous l'autorité du dirigeant de droit (Cass. com., 9 juin 2022, n° 21-13.588).
Lorsqu'un salarié est néanmoins reconnu dirigeant de fait, sa responsabilité peut être engagée selon les règles applicables aux dirigeants sociaux.
Il peut notamment être poursuivi pour faute de gestion ayant causé un préjudice à la société, aux associés ou aux créanciers, voire être condamné dans le cadre d'une procédure collective à supporter tout ou partie de l'insuffisance d'actif.
Ainsi, la question de la responsabilité du salarié pour faute de gestion dépend essentiellement de la qualification retenue. Tant qu'il demeure dans un lien de subordination et agit dans le cadre de ses fonctions, sa responsabilité civile personnelle ne peut être engagée qu'en cas de faute lourde.
En revanche, lorsqu'il exerce en réalité les prérogatives d'un dirigeant en toute indépendance, il peut être considéré comme dirigeant de fait et voir sa responsabilité recherchée selon les règles du droit des sociétés.