Qu'est-ce qu'une rupture brutale et comment la caractériser ?
La rupture brutale d'une relation commerciale établie est sanctionnée par l'article L.442-1, II du Code de commerce.
Elle suppose la réunion de trois conditions cumulatives.
D'abord, il faut une relation commerciale établie, c'est-à-dire suivie, stable et habituelle entre deux partenaires économiques.
Un courant d'affaires régulier sur plusieurs années suffit, même sans contrat écrit.
Ensuite, la rupture doit être totale ou partielle : arrêt complet des commandes ou baisse significative non justifiée du volume d'affaires.
Enfin, la rupture doit être brutale, c'est-à-dire intervenir sans préavis écrit suffisant.
La durée du préavis dépend de plusieurs critères : ancienneté de la relation, volume d'affaires, dépendance économique de la victime, spécificité des produits.
Depuis 2019, le préavis est plafonné à 18 mois : un préavis de cette durée exclut toute action en responsabilité.
La rupture peut émaner du fournisseur comme du client.
Quels recours et indemnisation pour la victime ?
La victime d'une rupture brutale dispose de plusieurs leviers pour obtenir réparation.
L'action se porte devant le tribunal de commerce spécialisé dans le ressort de la cour d'appel concernée (huit tribunaux désignés).
Le délai de prescription est de cinq ans à compter de la rupture.
Le préjudice indemnisable correspond à la marge brute perdue pendant la durée du préavis qui aurait dû être respecté.
La jurisprudence retient généralement un mois de préavis par année de relation, sans être une règle fixe.
D'autres préjudices peuvent s'ajouter : coûts de restructuration, licenciements économiques, stocks invendus.
Pour anticiper, il est conseillé d'écrire ses relations commerciales : conditions générales, durée du contrat, modalités de rupture.
L'envoi d'une lettre de rupture avec un préavis adapté permet souvent d'éviter le contentieux.
En cas de litige, conserver tous les échanges (bons de commande, factures, mails) est essentiel pour prouver l'ancienneté et le volume d'affaires.
Face à une rupture soudaine, il est préférable de réagir rapidement.
Une mise en demeure peut suffire à obtenir une négociation amiable et un préavis adapté plutôt que d'aller au contentieux.