Bonjour,
1/ Le droit
Tout d'abord, je comprends parfaitement votre inquiétude face aux blessures constatées sur votre fille et aux difficultés que vous rencontrez pour obtenir des informations sur son état de santé.
Votre volonté de la protéger est tout à fait compréhensible, d'autant plus que vous disposez de certificats médicaux et que vous avez déjà effectué plusieurs signalements.
Le juge des enfants, s'il estime que la santé, la sécurité ou le développement de votre fille sont en danger, peut ordonner des mesures d'assistance éducative, conformément aux articles 375 et suivants du Code civil.
Ces mesures peuvent aller jusqu'à confier provisoirement l'enfant à l'autre parent, si les conditions d'accueil sont jugées suffisamment protectrices.
Ainsi, le juge peut décider, dès l'audience de décembre, de confier votre fille à votre domicile, s'il considère que les éléments du dossier justifient une telle mesure.
Il peut également décider d'un placement dans un autre lieu adapté, notamment auprès d'un membre de la famille, d'un service de l'aide sociale à l'enfance ou d'une structure d'accueil.
Toutefois, cette décision n'est pas automatique : le juge appréciera la gravité des faits, les éléments médicaux, les déclarations de l'enfant et les garanties offertes par chacun des parents. Il pourra également ordonner des investigations complémentaires.
Même si la mère exerce seule l'autorité parentale, le juge des enfants peut prendre des mesures de protection qui en limitent concrètement l'exercice, notamment en encadrant, en restreignant ou, si nécessaire, en suspendant les droits de visite dans les conditions prévues par la loi.
En revanche, le juge des enfants ne retire pas automatiquement l'autorité parentale exclusive à la mère.
Une modification durable de l'exercice de l'autorité parentale ou de la résidence habituelle de l'enfant relève, en principe, du juge aux affaires familiales, qui pourra être saisi parallèlement ou ultérieurement.
Concernant les documents médicaux, vous ne pouvez pas contraindre personnellement la mère à vous les remettre.
Toutefois, votre droit de surveillance sur l'entretien et l'éducation de votre fille, prévu par l'article 373-2-1 du Code civil, vous permet notamment d'être informé des choix importants concernant sa santé.
Vous pouvez donc demander au juge des enfants d'examiner les refus d'information de la mère et, si nécessaire, de solliciter les documents médicaux utiles ou d'ordonner des examens et investigations complémentaires, dans le respect des règles applicables au secret médical.
Le juge peut également, dans certaines conditions, autoriser la personne ou le service auquel l'enfant est confié à accomplir certains actes relevant de l'autorité parentale lorsque les parents refusent abusivement ou négligent de les accomplir.
Enfin, les silences répétés de la mère, ses refus de communiquer des informations médicales et les éventuels retards de soins ou de vaccination peuvent être pris en compte par le juge.
Pris isolément, ces éléments ne suffisent pas nécessairement à caractériser une carence grave ou une mise en danger.
En revanche, rapprochés des hématomes constatés, du certificat médical et des déclarations de votre fille, ils peuvent constituer des indices préoccupants justifiant une évaluation approfondie et, le cas échéant, des mesures de protection renforcées.
2/ Les solutions
Dans votre situation, je vous conseille de préparer soigneusement l'audience de décembre en réunissant l'ensemble des éléments médicaux et des preuves dont vous disposez.
Il sera notamment important de présenter :
Les certificats médicaux constatant les hématomes et les blessures.
Les déclarations de votre fille rapportées par les professionnels de santé.
La copie de votre plainte et de vos précédents signalements.
Les éléments concernant le traumatisme dentaire et les éventuels défauts de suivi médical.
Les SMS démontrant vos demandes d'information restées sans réponse.
Les justificatifs de votre stabilité professionnelle et de vos conditions d'accueil.
Vous pourrez demander expressément au juge des enfants que votre fille vous soit confiée à titre provisoire, en exposant les raisons pour lesquelles vous estimez que son maintien au domicile maternel présente un danger.
Vous pourrez également solliciter des investigations médicales complémentaires et demander que les difficultés d'accès aux informations de santé soient examinées.
Si vous souhaitez obtenir une modification durable de la résidence de votre fille ou de l'exercice de l'autorité parentale, il sera également utile d'envisager une saisine du JAF.
Je vous recommande vivement de vous faire assister par un avocat, compte tenu de la gravité des faits allégués et des enjeux de cette audience.
Enfin, si de nouvelles blessures apparaissent ou si vous estimez que votre fille court un danger immédiat, n'attendez pas l'audience de décembre pour alerter les autorités compétentes, notamment le procureur de la République ou les services de protection de l'enfance.
En résumé, le juge des enfants peut décider de confier provisoirement votre fille à votre domicile dès l'audience si les éléments établissent une situation de danger et si votre accueil est adapté. Les blessures constatées, les certificats médicaux et les difficultés de suivi médical constituent des éléments importants à présenter. Toutefois, une modification durable de l'autorité parentale devra, en principe, être demandée au juge compétent.
J'espère avoir répondu à votre question.
Si tel est le cas, je vous remercie de cliquer sur le bouton vert « Question résolue ».
Bien cordialement,
Maître Xavier DAUSSE
Merci, vous avez répondu à ma question.
Merci pour votre réponse complète, Maître.
J'ai une question complémentaire très précise : j'accueille ma fille en droit de visite et d'hébergement du vendredi 13 au dimanche 15 novembre. L'examen de son carnet de santé par la PMI en mai dernier a notifié par écrit un retard important sur le vaccin obligatoire Neisvac (méningocoque C). La mère n'a jamais régularisé la situation et me ment par SMS en prétendant que tout est à jour.
Bien que je n'exerce pas l'autorité parentale, j'ai d'ores et déjà planifié deux rendez-vous au Centre de Santé le samedi 14 novembre au matin (un rendez-vous pour obtenir l'ordonnance et un second au nom de ma fille pour faire pratiquer l'injection dans la foulée). J'ai prévu d'informer la mère par écrit à l'avance de cette démarche médicale de régularisation.
Au vu de mon droit de surveillance et de mon devoir de protection (Article 373-2-1 du Code civil), et s'agissant d'une mise en conformité avec une obligation vaccinale légale en France, est ce que je suis pleinement en droit de faire réaliser ce vaccin obligatoire par le médecin lors de mon week-end de garde, même si la mère s'y oppose par écrit ?
Je vous remercie par avance pour votre éclairage.
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