Comment le juge fixe le montant de la pension alimentaire ?
Le juge aux affaires familiales fixe la pension alimentaire lorsqu'il organise la résidence des enfants (résidence alternée ou résidence chez l'un des parents) ou lorsqu'un parent en fait la demande ultérieurement. Le code civil impose que la contribution de chaque parent soit proportionnée à ses ressources et aux besoins de l'enfant : le juge examine donc les revenus (salaires, allocations, pensions), les charges (loyer, crédits, autres enfants à charge) et les besoins concrets de l'enfant (âge, santé, frais scolaires, activités, déplacements). Pour harmoniser les décisions, le ministère de la Justice publie une table de référence qui propose des montants indicatifs en fonction du revenu du parent qui paie, du nombre d'enfants et du mode de résidence. Cette table n'est pas obligatoire mais sert de repère courant pour le juge et les parents.
La demande se fait devant le juge aux affaires familiales, selon la procédure applicable au dossier, avec les justificatifs utiles. Il est généralement nécessaire de produire des documents récents relatifs aux revenus, aux charges et aux dépenses concernant l'enfant afin de permettre au juge d'apprécier concrètement la situation familiale. Le juge peut fixer une pension versée au parent chez qui l'enfant réside principalement, ou, pour un enfant majeur, prévoir un versement direct à l'enfant s'il en fait la demande et que cela est adapté à la situation (par exemple, études supérieures avec logement séparé). Dans tous les cas, la pension alimentaire ne constitue pas une "punition" pour le parent qui paie, mais la mise en oeuvre concrète de l'obligation de chaque parent de participer aux dépenses de l'enfant, obligation qui existe même en l'absence de décision judiciaire fixant formellement une pension.
Modifier, supprimer ou faire exécuter une pension alimentaire
Une pension alimentaire peut être révisée si la situation change de manière significative : perte ou baisse importante de revenus, maladie, chômage, naissance d'un nouvel enfant, augmentation des besoins de l'enfant (études, santé, logement séparé, handicap, etc.). Le code civil permet alors de saisir à nouveau le juge aux affaires familiales pour demander une augmentation, une diminution ou, plus rarement, une suppression de la pension. Il faut apporter la preuve des changements invoqués au moyen de documents récents (nouveaux bulletins de salaire, attestations de chômage, justificatifs de frais nouveaux). Les parents peuvent aussi s'entendre à l'amiable sur un nouveau montant, mais, pour être sûr de pouvoir le faire respecter, il est préférable de faire homologuer cet accord par le juge ou de passer par un dispositif permettant d'obtenir un titre exécutoire (par exemple via certains services de la caisse d'allocations familiales). Il est également recommandé de ne jamais diminuer, suspendre ou cesser seul le paiement d'une pension alimentaire sans accord formalisé entre les parents ou nouvelle décision disposant d'une force exécutoire. À défaut, des arriérés peuvent s'accumuler et des procédures de recouvrement peuvent être engagées. En cas d'impayés, plusieurs moyens de recouvrement existent : saisie sur salaire, saisie sur compte bancaire, ou intervention de certains organismes sociaux, qui peuvent dans certains cas avancer les sommes et se retourner ensuite contre le parent débiteur (celui qui verse la pension).
Lorsque les impayés durent au moins deux mois, le parent qui ne reçoit pas la pension peut, sous conditions, déposer plainte pour abandon de famille. Cette infraction suppose notamment le non-paiement volontaire d'une obligation alimentaire fixée par une décision de justice ou un autre titre exécutoire.
Par ailleurs, il est important de savoir que l'obligation d'entretien ne cesse pas automatiquement lorsque l'enfant devient majeur : elle peut se poursuivre tant que l'enfant n'est pas autonome financièrement (poursuite d'études, recherche d'emploi, handicap), le juge appréciant au cas par cas si le maintien ou l'adaptation de la pension est justifié.
En pratique, il est conseillé d'agir rapidement en cas de changement de situation ou d'impayé, de conserver tous les justificatifs utiles et de privilégier, lorsque cela est possible, des accords formalisés permettant d'éviter les difficultés d'exécution ultérieures.