I. Refus explicite ou implicite : le point de départ qui décide de tout
Le refus explicite est formalisé par un arrêté préfectoral notifié à l'intéressé. En tant que mesure de police administrative, il doit être motivé en droit et en fait conformément aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration. La motivation doit faire apparaître les éléments propres à la situation personnelle du demandeur. Une motivation stéréotypée ou insuffisante peut être sanctionnée par le juge administratif.
Le refus implicite naît du silence gardé par le préfet. En principe, le silence de l'administration vaut acceptation. Toutefois, en matière de titres de séjour, il fait naître une décision implicite de rejet au terme d'un délai de quatre mois, sauf délais spéciaux plus courts pour certains titres (30, 60 ou 90 jours selon la catégorie concernée). La délivrance de récépissés ou la poursuite de l'instruction n'empêche pas la naissance de cette décision implicite.
Ce point de départ détermine le délai de recours.
En cas de refus simple, sans OQTF, le recours pour excès de pouvoir doit être introduit dans un délai de deux mois à compter de la notification ou de la naissance de la décision implicite.
Lorsque le refus est assorti d'une OQTF, le régime change. Le délai de recours est en principe de trente jours, mais peut être réduit à quinze jours dans certains cas spécifiques. Lorsque refus et OQTF sont pris simultanément, le recours unique relève du régime contentieux applicable à l'OQTF, avec des délais abrégés et une procédure encadrée par les dispositions du CESEDA et du code de justice administrative.
L'erreur la plus fréquente consiste à appliquer le délai de deux mois alors que la décision relève du régime OQTF. Or, un recours tardif est en principe irrecevable.
II. Recours gracieux, référé, appel : quelle stratégie adopter ?
La voie principale est le recours contentieux devant le tribunal administratif. Mais la stratégie dépend du type de décision.
1) Refus simple (sans OQTF)
Le recours relève du droit commun : il n'est pas suspensif. Concrètement, la décision continue de produire ses effets pendant l'instance (situation administrative, droit au travail, etc.). Dans ce cadre, il est fréquent de mobiliser en parallèle un référé-suspension, à condition de démontrer :
- l'urgence, et
- un doute sérieux sur la légalité du refus.
2) Refus + OQTF
Le contentieux obéit à un régime spécial : délais plus courts, procédure encadrée. Il faut raisonner immédiatement en termes de délai de 30 jours (ou 15 jours selon les cas). Si un jugement intervient, le délai d'appel contre un jugement relatif à l'OQTF ou à l'interdiction de retour est d'un mois.
3) Recours gracieux / hiérarchique
Un recours gracieux (auprès du préfet) ou hiérarchique (auprès du ministre) peut être formé. Ces recours peuvent proroger le délai contentieux selon les règles applicables, mais ils ne suspendent pas, à eux seuls, les effets de la décision. Ils doivent donc être utilisés avec méthode : utiles pour compléter un dossier ou obtenir une révision, mais dangereux s'ils servent de prétexte à "attendre" et laisser expirer le délai contentieux.
4) Décision implicite : demander les motifs
Lorsque le refus est implicite, il est possible de demander la communication des motifs. L'administration dispose d'un mois pour répondre. Cette démarche a un effet utile sur le calendrier : le délai de recours est alors prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant la communication des motifs.
5) Après l'expiration des délais
Si le délai est dépassé, la décision devient en principe définitive et le recours tardif irrecevable. Pour autant, cela ne ferme pas toute perspective : un changement de circonstances de fait ou de droit peut permettre de déposer une nouvelle demande, qui donnera lieu à une nouvelle décision (et donc à de nouveaux délais et moyens).
En matière de séjour, une stratégie efficace repose donc sur une méthode simple : qualifier la décision, sécuriser les délais, puis choisir les bons leviers (contentieux, référé, gracieux/hiérarchique) sans les confondre.