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Quand vous pensez qu'une oeuvre vous a été volée, le premier réflexe est souvent de lister tout ce qui change : un personnage en moins, une scène déplacée, un décor différent ? Pourtant, en matière de contrefaçon, le raisonnement est souvent l'inverse : le juge regarde d'abord ce qui se ressemble, et il vérifie si ces ressemblances portent sur des éléments suffisamment structurants pour révéler une reprise de votre création. L'actualité l'a rappelé avec une décision n° 24/04655 rendue par la Cour d'appel de Paris le 20 février 2026 autour d'un épisode de Black Mirror accusé de reprendre un film : l'action a échoué car l'ensemble (intrigue, personnages, récit) n'était pas réellement le même, et certains éléments invoqués relevaient d'idées courantes de la science-fiction.
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Ressemblances vs différences : ce que le juge cherche vraiment
Lorsque deux oeuvres présentent des similitudes, le premier réflexe consiste souvent à insister sur leurs différences. Or, en pratique, cet angle est rarement décisif : le juge procède d'abord à une analyse comparative des ressemblances. Il examine les éléments communs significatifs - scènes structurantes, architecture du récit, relations entre personnages, enchaînement des séquences clés, atmosphère générale, motifs visuels ou narratifs récurrents. L'objectif est de déterminer si l'oeuvre contestée reprend, au-delà d'une simple inspiration, la même construction d'ensemble.
Autre point essentiel : certaines idées sont libres d'utilisation. Un thème (la célébrité, la technologie, la peur), un décor (un studio d'enregistrement, un futur proche), ou un concept général (un hologramme, une IA, un talent fabriqué) peuvent être des ingrédients que tout le monde peut employer. Ce qui peut poser problème, ce n'est pas l'idée en soi, mais la manière précise dont elle est mise en scène : la combinaison, l'ordre, le rythme, la façon de raconter. Dit autrement : on ne possède pas une idée générale, mais on peut protéger une forme d'expression particulière.
Intrigue, personnages, enchaînement : comment bâtir une comparaison utile
Ce qui pèse le plus dans l'analyse, c'est souvent la combinaison : comment l'histoire démarre, ce qui déclenche le conflit, comment les personnages évoluent, quelles étapes sont franchies, et comment la fin est amenée. Deux oeuvres peuvent partager un élément (par exemple une technologie) sans être proches, si cet élément reste secondaire, ou s'il sert un récit très différent. À l'inverse, même avec des différences de surface (époque, lieu, style), une reprise de la même ossature narrative peut devenir problématique.
Si vous envisagez d'agir, le bon réflexe est de préparer une comparaison structurée. Concrètement : faites un tableau simple avec, d'un côté, votre oeuvre et, de l'autre, l'oeuvre comparée. Puis décrivez, point par point, les moments essentiels : situation de départ, événement déclencheur, objectifs des personnages, obstacles, scènes pivot, résolution. Ajoutez des captures d'écran, liens, dates de publication, brouillons, synopsis, échanges de production : tout ce qui peut prouver votre création et la chronologie. Évitez de fonder votre analyse sur l'impression générale seule : ce qui convainc, ce sont des correspondances précises et organisées.
Enfin, beaucoup pensent au parasitisme comme plan B automatique. En réalité, il n'est pas systématique : il faut pouvoir montrer que l'autre a profité de vos efforts, de vos investissements ou de votre notoriété de manière injuste, et pas seulement qu'il a eu une idée proche. Si l'élément commun est un concept largement utilisé, l'argument sera plus difficile. La meilleure stratégie reste donc la même : documenter, comparer méthodiquement, et se concentrer sur ce qui fait l'originalité concrète de votre oeuvre.
Fiche pratique rédigée par
Maître Mathilde PENNÈS-LAVOYE
Avocat au barreau de PARIS (droit de la propriété intellectuelle, droit des nouvelles technologies, droit des sociétés)
La contrefaçon est la reproduction, l'imitation ou encore l'utilisation qu'elle soit partielle ou total d'un droit de propriété intellectuelle et cela sans l'autorisation du...
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