I. Les obligations de l'employeur afin de prévenir le cumul irrégulier
L'employeur a l'obligation de s'assurer, dès l'embauche, que le salarié ne se trouve pas en situation de cumul irrégulier. Pour les salariés à temps plein, il doit vérifier qu'ils sont libres de tout autre engagement professionnel. Pour les salariés à temps partiel, déjà liés à un ou plusieurs autres employeurs, il doit s'assurer que le cumul des durées de travail ne dépassera pas les seuils légaux.
La jurisprudence va plus loin : l'employeur doit également tirer les conséquences de toute information qui lui laisserait supposer qu'un de ses salariés cumule plusieurs emplois de manière excessive. Par exemple, la caisse de sécurité sociale peut l'informer d'un cumul d'emplois concernant l'un de ses salariés.
Pour sécuriser leurs pratiques, les entreprises doivent intégrer dans leurs contrats de travail des clauses spécifiques. Pour un salarié à temps plein, une clause par laquelle il confirme être libre de tout engagement est recommandée. Pour un salarié à temps partiel, le contrat doit prévoir qu'il communique les durées de travail effectuées pour d'autres employeurs et s'engage à informer l'entreprise de toute modification.
Certaines activités ne sont pas prises en compte dans le calcul des durées maximales, comme les travaux scientifiques, littéraires ou artistiques, l'entraide bénévole, les petits travaux ménagers chez des particuliers, ou les travaux d'urgence.
II. Réagir face à un cumul irrégulier et les sanctions associées
Dès que l'employeur a connaissance d'une situation de cumul irrégulier, il doit agir rapidement. La première étape consiste à mettre en demeure le salarié de lui communiquer les documents prouvant la durée de travail accomplie pour ses autres employeurs (contrats, bulletins de paie).
Ensuite, l'employeur doit mettre le salarié en demeure de faire cesser l'irrégularité en choisissant l'un de ses emplois. Si le salarié refuse de fournir les documents ou ne régularise pas sa situation, l'employeur peut le licencier pour faute grave. La jurisprudence considère en effet que le refus de communiquer ces informations constitue un comportement rendant impossible le maintien du salarié dans l'entreprise.
Il est important de noter que ni l'employeur concerné ni les autres employeurs du salarié n'ont l'obligation d'accepter une réduction d'horaires demandée par celui-ci pour régulariser sa situation.
L'employeur reconnu coupable d'avoir employé en toute connaissance de cause un salarié en situation de cumul irrégulier s'expose à une amende contraventionnelle de 1 500 €. En cas de récidive dans l'année suivant la première condamnation, cette amende est portée à 3 000 € pour les personnes physiques et à 30 000 € pour les personnes morales. Bien que ces montants soient moins élevés que pour d'autres infractions de travail illégal, ils s'accompagnent d'autres conséquences potentielles comme la perte d'exonérations de cotisations sociales.