I. La liberté religieuse et le respect du contrat de travail
L'employeur doit respecter les convictions religieuses de ses salariés, mais celles-ci ne font pas partie du contrat de travail, sauf clause expresse. Ainsi, l'employeur ne commet aucune faute en demandant au salarié d'exécuter la tâche pour laquelle il a été embauché, dès lors qu'elle n'est pas contraire à l'ordre public.
Par exemple, l'absence non autorisée d'un salarié pour célébrer une fête religieuse peut justifier un licenciement si l'employeur a refusé l'autorisation. De même, un boucher ne peut refuser de manipuler de la viande de porc s'il a été embauché pour cette tâche. Inversement, le salarié peut refuser d'exécuter une prestation si les conditions portent atteinte à ses convictions religieuses.
Toute limitation de la liberté religieuse doit être justifiée selon deux critères stricts. D'abord, selon le principe de proportionnalité : la restriction doit être justifiée par la nature de la tâche à accomplir et proportionnée au but recherché. Ensuite, pour éviter une discrimination directe, elle doit répondre à une exigence professionnelle essentielle et déterminante, critère plus exigeant que le précédent.
Ainsi, des impératifs de santé et sécurité peuvent justifier l'interdiction de porter une croix en collier pour une infirmière hospitalière. En revanche, le simple contact avec la clientèle ne suffit pas à justifier l'interdiction du port du voile.
II. Le règlement intérieur et la clause de neutralité
Depuis la loi de 2016, le règlement intérieur peut prévoir une clause de neutralité restreignant la manifestation des convictions religieuses, mais sous trois conditions strictes. La restriction doit être générale et indifférenciée (s'appliquer à tous les signes religieux, politiques ou philosophiques, sans cibler une religion particulière). Elle doit être justifiée par l'exercice d'autres libertés fondamentales ou par les nécessités du bon fonctionnement de l'entreprise. Enfin, elle doit être proportionnée au but recherché.
La Cour de justice de l'Union européenne a validé ce principe : une règle interne interdisant tous signes religieux visibles ne constitue pas une discrimination directe si elle vise indifféremment toute manifestation de conviction. En revanche, si l'interdiction se limite aux signes ostentatoires ou de grande taille, elle devient discriminatoire. L'employeur doit également démontrer un besoin véritable, comme une politique de neutralité cohérente vis-à-vis de la clientèle.
Sans clause de neutralité au règlement intérieur, toute interdiction de porter le voile reste discriminatoire, même si elle semble proportionnée. La demande d'un client ne suffit pas à justifier une telle interdiction. Si une clause de neutralité existe et est valable, l'employeur peut sanctionner sa violation, mais doit d'abord chercher un poste de reclassement sans contact clientèle avant d'envisager un licenciement.
L'employeur conserve son pouvoir disciplinaire lorsque l'expression religieuse conduit à des discriminations (refus de travailler avec une personne d'un autre sexe), du prosélytisme abusif, du harcèlement, ou met en cause la sécurité. Le ministère du Travail propose un guide pratique pour aider les entreprises à gérer ces situations concrètes.