La preuve de l'existence et de la titularité des droits invoqués
Toute action fondée sur une atteinte au droit d'auteur suppose, en premier lieu, que le demandeur établisse l'existence d'un droit protégé.
S'agissant des photographies, cette démonstration passe généralement par la caractérisation de leur originalité.
En effet, toutes les photographies ne bénéficient pas automatiquement de la protection du droit d'auteur : seules celles qui traduisent un apport créatif propre à leur auteur peuvent prétendre à cette protection.
La charge de cette démonstration incombe au demandeur, qui doit être en mesure d'identifier les éléments révélant l'empreinte de la personnalité de l'auteur et les choix créatifs ayant présidé à la réalisation de l'oeuvre.
Cette exigence s'inscrit dans une jurisprudence constante, tant nationale qu'européenne, selon laquelle la protection du droit d'auteur est réservée aux créations originales.
La seule existence d'une oeuvre protégée ne suffit toutefois pas : le demandeur doit également établir sa qualité pour agir.
Lorsque l'action est engagée par une personne autre que l'auteur lui-même, il lui appartient de démontrer qu'elle est effectivement titulaire des droits invoqués, soit en raison d'une cession, soit en vertu d'un autre mécanisme juridique lui permettant d'exploiter l'oeuvre et d'agir en justice.
La preuve de la chaîne des droits constitue ainsi un préalable indispensable à toute demande indemnitaire.
La preuve de l'atteinte alléguée et du préjudice subi
Une fois les droits établis, le demandeur doit encore démontrer l'existence de l'atteinte qu'il invoque. Cette preuve porte sur la réalité de l'utilisation litigieuse, son étendue, sa durée et les conditions dans lesquelles elle serait intervenue. Les juridictions apprécient librement les éléments produits à cet effet, mais exigent que ceux-ci présentent un caractère suffisamment fiable pour permettre de constater avec certitude les faits allégués.
La démonstration de la violation des droits ne dispense pas davantage de prouver le préjudice. Conformément aux principes généraux de la responsabilité civile et aux règles spécifiques du droit de la propriété intellectuelle, l'indemnisation ne peut être accordée qu'à hauteur du dommage effectivement subi. Le demandeur doit ainsi justifier des conséquences économiques de l'atteinte, du préjudice moral éventuellement causé et, le cas échéant, des avantages retirés par l'auteur de l'atteinte.
Cette exigence de preuve s'étend également au montant des sommes réclamées. Les juridictions vérifient que l'évaluation proposée repose sur des éléments objectifs et suffisamment documentés. Une demande indemnitaire ne saurait donc prospérer sur la seule base d'un montant forfaitaire ou d'une estimation non explicitée.
Ainsi, en matière de photographie comme plus largement en droit d'auteur, le succès d'une action en contrefaçon repose sur la réunion de plusieurs démonstrations successives : l'existence d'une oeuvre protégeable, la titularité des droits invoqués, la réalité de l'exploitation contestée et la justification du préjudice allégué. L'absence de preuve sur l'un de ces éléments est susceptible de faire obstacle, en tout ou partie, aux prétentions du demandeur.