I. Les caractères de la suspension
La suspension se caractérise d'abord comme une inexécution de droit : seules les hypothèses prévues par la loi, la jurisprudence, les accords collectifs, le contrat ou un engagement unilatéral de l'employeur autorisent les parties à ne pas exécuter leurs obligations sans encourir de sanction.
Elle suppose ensuite un empêchement temporaire, surmontable, qui justifie le maintien du lien de travail plutôt que sa rupture, qu'il procède de la situation personnelle du salarié (maladie, incarcération, congés familiaux ou de projet) ou du pouvoir de l'employeur (activité partielle, lock-out, mise à pied).
À la frontière de la force majeure et des situations contraignantes, la suspension admet enfin des concours de causes, classiquement réglés par un critère chronologique, critiqué au regard du principe de faveur mais encore largement retenu par la jurisprudence.
II. Les principales conséquences de la suspension
La suspension affecte prioritairement les obligations essentielles : le salarié est dispensé d'exécuter sa prestation, tandis que l'employeur est, en principe, délié de son obligation de fournir du travail et de verser le salaire correspondant, hors hypothèses légales ou conventionnelles de maintien de la rémunération ou d'indemnisation substitutive.
Seules demeurent pleinement actives les obligations secondaires, au premier rang desquelles les devoirs de loyauté, de confidentialité et de non?concurrence, dont la méconnaissance peut justifier une sanction disciplinaire malgré l'inactivité contractuelle.
Sur le plan institutionnel, la suspension ne rompt pas l'appartenance du salarié à la collectivité de travail : elle influe sur le calcul de l'ancienneté, l'acquisition de certains droits (congés, primes) et l'inclusion dans les effectifs, sans priver, en principe, l'intéressé de ses droits électoraux ou représentatifs.