Question résolue par Maître Raissa LEMALEU TCHOUBOU
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Inaptitude et proposition de reclassement
Sujet (Cloturé) initié par Ladymelody, il y a 1 an - 1301 vues
Bonjour,
Salariée en CDD dans un grand groupe, j'ai été déclarée inapte avec possibilité de reclassement de manière abusive à la demande de mon employeur (je suis en excellente santé depuis mon retour d'arrêt maladie qui n'a duré qu'1 mois, le medecin du travail m'a clairement dit que mon manager ne voulait plus travailler avec moi).
J'ai déposé un recours au CPH pour faire annuler l'avis d'inaptitude ( j'y évoque aussi une demande de résiliation judiciaire et autres indemnités pour préjudice, discrimination pour maladie, non respect du secret médical ect...)
J'ai pu échanger avec les juges et ils m'ont dit qu'ils devront forcément convoquer le médecin inspecteur du travail et apparement la situation est un peu compliquée en ce moment donc ça ne serait pas avant 6 mois voir 1 an!
Je trouve cela aberrant car en 1 an il peut se passer tellement de choses, guérir, retomber malade, avoir un accident... De plus j'aurai fini mon CDD depuis longtemps à ce moment là.
➡️ Savez-vous s'il existe d'autres solutions ? Peut-être demander une nouvelle évaluation par un autre médecin du Service de Prévention et de Santé au Travail Interentreprises?
Pendant le mois de recherche de reclassement je n'ai eu aucune nouvelle de mon entreprise, mais j'ai appris que les membres du CSE les ont beaucoup challengés sur cette situation qui leur paraît insensée (au point que le directeur des affaires sociales s'est énervé face au ton accusateur du CSE, et a remis toute la faute sur le médecin du travail). Ils avaient déclaré au CSE n'avoir trouvé aucun poste à me propoer, excepté peut-être un (sachant que c'est un grand groupe et que j'ai un BAC +5).
Finalement ils m'ont fait parvenir un courrier recommandé pour me proposer un poste administratif de niveau Bac +2, dans un service constitué essentiellement de personnes ayant "été mises au placard".
Sachant que :
- J'ai un double Master spécialisé + études à l'étranger + plusieurs années d'expériences sur des postes similaires à mon poste initial - Je suis en très bonne santé, l'inaptitude n'est pas justifiée - Si j'accepte ce poste mon salaire baissera de 20%, même si le droit à une petite prime d'assiduité si je badge bien à l'heure matin et soir (j'ai toujours été en forfait cadre jour et complètement libre de mon emploi du temps...)
Les options que je vois sont :
1) Je refuse donc licenciement immédiat
2) J'accepte pour l'instant mais je vais voir mon ancien manager lui dire droit les yeux que maintenant je suis plus en forme que jamais et que c'est dans son intérêt que je revienne dans l'équipe jusqu'à la fin de mon CDD. En avançant des arguments purement pragmatiques dans son intérêt et celui de l'entreprise (Ils sont en sous-effectifs, n'ont personne pour reprendre mon poste alors qu'il s'agissait d'un enjeux important pour l'entreprise et dans tous les cas je pars en septembre donc il s'engage pas trop non plus)
3) J'accepte pour l'instant puis je les attaque aux prud'hommes et demande la résiliation judiciaire de mon CDD pour faute grave de l'employeur et leur demande de payer mon salaire jusqu'à la fin de mon CDD. (mais j'imagine que ça sera le salaire du nouveau poste et pas de l'ancien? Et je ne sais pas si je vais avoir de nouveau une période d'essai si j'accepte le nouveau poste ?)
4) J'accepte ce nouveau poste afin de m'assurer un salaire jusqu'à la fin de mon contrat, même si cela implique devoir exercer de manière injuste à un poste pour lequel je suis surqualifiée, qui ne me motivera probablement pas, tout en étant obligée d'affronter quotidiennement le regarde de mes anciens collègues.
➡️ Que pensez-vous de ces différentes options ? Est-ce qu'il en existe d'autres que je n'aurai pas envisagé ?
Sachant que même si j'accepte le poste ma nouvelle affectation ne sera validée qu'après entretien avec le manager du service + visite de pré-reprise auprès du médecin du travail.
➡️ Si j'accepte le nouveau poste, que mon affectation n'est pas validée et que donc ils me licencient pour d'inaptitude, pourrais-je dénoncer cela comment étant un licenciement nul/abusif si mon avis d'inaptitude est invalidé postérieurement?
La lettre recommandée de mon employeur indique "nous vous remercions de bien vouloir formaliser votre accord ou refus concernant le poste proposé ci-dessus par retour de courrier le X mai 2025 au plus tard."
➡️ Jusqu'à quand puis-je envoyer le courrier ? Doivent-ils le recevoir le X mai au plus tard ? Ou le courrier doit être envoyé au plus tard le X mai inclus ?
Votre situation est effectivement complexe et vous êtes confrontée à une utilisation discutable de la procédure d'inaptitude, manifestement instrumentalisée par votre employeur pour vous écarter. Voici une réponse détaillée à vos différentes interrogations. 1. Sur la validité de l'avis d'inaptitude et le recours en cours
Vous avez bien fait de contester l'avis d'inaptitude devant le Conseil de prud'hommes. Il est vrai que le recours nécessite la désignation d'un médecin inspecteur du travail, ce qui peut prendre plusieurs mois. Toutefois, il n'existe pas de voie légale pour demander une "contre-visite" par un autre médecin du travail, car seule la voie judiciaire permet de remettre en cause un avis médical.
En revanche, la visite de pré-affectation (visite de reprise ou de reclassement) à venir dans le cadre d'un nouveau poste pourrait être une opportunité pour démontrer que vous êtes apte à travailler, ce qui pourrait influencer le dossier en cours ou au moins documenter une incohérence dans la position de votre employeur. 2. Sur les propositions d'action (vos quatre scénarios)
Option 1 : Refuser le poste → licenciement C'est un choix possible. Si vous êtes licenciée et que le jugement ultérieur annule l'avis d'inaptitude, le licenciement deviendrait automatiquement nul. Cela vous ouvrirait droit à une réintégration ou à une indemnisation importante, y compris pour perte de revenus jusqu'à la fin du contrat ou même au-delà. 👉 Mais vous prenez le risque d'une période sans revenu pendant que la procédure suit son cours.
Option 2 : Accepter provisoirement le poste et tenter de revenir dans l'équipe initiale Cette approche est habile mais peu probable dans ses effets. Le manager initial vous a déjà écartée. Même si vous êtes en pleine forme, il n'a aucun intérêt à revenir en arrière. D'un point de vue juridique, cela ne réglera rien, et peut affaiblir votre position s'il y a ambiguïté sur l'acceptation de votre reclassement.
Option 3 : Accepter et ensuite saisir les prud'hommes pour demander la résiliation judiciaire du CDD C'est tout à fait envisageable. Vous pourrez faire valoir que le poste de reclassement est manifestement dévalorisant, sans rapport avec vos qualifications, et relève d'une discrimination déguisée ou d'une mesure vexatoire. ⚠️ Si la résiliation judiciaire est prononcée, vous pouvez effectivement demander le paiement des salaires jusqu'à la fin du CDD, mais sur la base du nouveau poste si vous l'avez accepté (et non de l'ancien, sauf si le reclassement est jugé abusif). 💡 La période d'essai n'a pas à être renouvelée si vous restez dans le groupe et conservez le même contrat, mais vérifiez bien qu'il ne s'agisse pas d'un nouveau CDD.
Option 4 : Accepter et "subir" jusqu'à la fin du contrat C'est la solution la plus conservatrice. Elle garantit un revenu, mais affaiblit peut-être un peu vos positions futures en justice, même si vous pouvez toujours faire valoir que vous avez été contrainte d'accepter une proposition injuste pour ne pas être licenciée. 3. Si l'affectation échoue malgré votre accord
Si vous acceptez le poste proposé mais que l'affectation ne se réalise pas (échec lors de la visite médicale ou refus du service), et que l'employeur vous licencie, alors la procédure de licenciement pour inaptitude redeviendra active. ➡️ Si l'avis d'inaptitude est annulé après coup, le licenciement pourra être requalifié en licenciement nul et vous ouvrir droit à réparation. Le fait que vous ayez fait preuve de bonne foi en acceptant un poste renforce même votre position. 4. Délai pour répondre à la proposition
La formulation « au plus tard le X mai 2025 » signifie que l'employeur doit recevoir votre réponse au plus tard à cette date, et non que vous pouvez envoyer le courrier ce jour-là. En pratique : – Si vous envoyez un courrier postal, il faut qu'il parvienne à l'employeur le jour même. – Pour être certain de respecter le délai, vous pouvez envoyer un courriel avec accusé de réception, ou déposer la réponse en main propre avec récépissé, en plus d'un recommandé. 5. Conclusion et recommandations stratégiques
– Si vous êtes en capacité financière d'assumer une période sans revenu, le refus du poste et l'attente du jugement peut vous permettre de faire reconnaître l'abus et d'obtenir une réparation forte. – Si vous privilégiez la sécurité financière, vous pouvez accepter sous réserve, et formuler par écrit votre désaccord sur le caractère du poste proposé (niveau, déclassement, perte de rémunération), ce qui vous permettra de contester ensuite la manière dont l'employeur a exécuté son obligation de reclassement. – Dans tous les cas, gardez traces écrites de toutes les étapes (mails, notes, échanges avec le CSE, RH, etc.) pour documenter votre dossier prud'homal.
Je vous souhaite beaucoup de courage et de lucidité dans cette période. Merci de bien vouloir confirmer que la question a été résolue en cliquant sur le bouton vert, s'il vous plaît.
Merci beaucoup d'avoir pris le temps de me répondre de façon aussi complète, cela m'a beaucoup aidé.
Il me reste néanmoins quelques questions à ce sujet :
1)Le médecin du travail qui a déclaré mon inaptitude fait partie d'une SPST inter-entreprises. Puis-je prendre rendez-vous avec un autre médecin de ce SPST pour réévaluer mon inaptitude ? Ou demander que ma visite de reclassement soit effectuée par un médecin différent ?
Si cette visite démontre que je suis finalement apte à travailler, quel impact cela aura sur mes éventuels recours aux prud'hommes (annulation de l'avis d'inaptitude, influence de l'employeur sur la décision, discrimination pour maladie.... ?)
2. L'indemnisation en cas de licenciement suivit de l'annulation l'avis d'inaptitude pourrait-elle être plus/moins importante en fonction de si je refuse directement le poste ou de si j'accepte le poste proposé mais que l'affectation ne se réalise pas ?
Pour l'option 2, qu'entendez-vous par « point de vue juridique, cela ne réglera rien, et peut affaiblir votre position s'il y a ambiguïté sur l'acceptation de votre reclassement » ?
Option 3 : s'il y a finalement une résiliation judiciaire du CDD, je ne pourrais donc plus prétendre à des indemnités pour licenciement nul ou abusif ? Si l'avis d'inaptitude et par la suite annulé, pourrais-je lancer un nouveau recours pour demander le paiement de la différence de salaire entre mon ancien et nouveau poste ? Ainsi que d'autres indemnités (inaptitude/reclassement injustifié, pression de l'employeur, discrimination, ect...) ?
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