Cher Monsieur,
Voici une réponse aussi complète que possible, accompagnée d'éléments juridiques relatifs à votre situation.
1. La saisie sur un compte joint est-elle légale pour une dette d'EURL ?
En principe, oui, mais avec des nuances importantes.
L'EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) est une société à responsabilité limitée (article L. 223-1 du Code de commerce). Cela signifie que le patrimoine personnel de l'associé unique est, en principe, distinct de celui de la société et protégé des dettes sociales pendant la vie de celle-ci. En cas de dissolution, l'associé ne contribue aux pertes qu'à concurrence de ses apports.
En conséquence, l'URSSAF ne devrait normalement pas pouvoir saisir un compte personnel pour des cotisations sociales dues par la société.
Cependant, il existe une exception majeure : les cotisations sociales du gérant relevant du régime des travailleurs non salariés (TNS). Ces cotisations constituent une dette personnelle du gérant, et non une dette de la société, même lorsqu'elles sont calculées à partir des revenus générés par l'EURL.
Si la société est soumise à l'impôt sur le revenu (IR), les cotisations sont calculées sur la totalité du bénéfice de l'EURL, mais elles restent juridiquement une dette personnelle du gérant.
Si la société est soumise à l'impôt sur les sociétés (IS), les cotisations sont calculées sur la base de la rémunération du gérant, c'est-à-dire la rémunération nette qu'il se verse en tant que dirigeant, à laquelle s'ajoute la part des dividendes perçus qui dépasse 10 % du capital social de l'EURL.
Ainsi, si la saisie pratiquée par l'URSSAF concerne des cotisations sociales personnelles du gérant, la saisie sur un compte personnel peut être juridiquement fondée.
Il est donc essentiel de vérifier précisément la nature de la créance de l'URSSAF :
• les cotisations patronales ou salariales dues par la société → dette de l'EURL → saisie sur compte personnel en principe illégale ;
• les cotisations personnelles du gérant TNS → dette personnelle → saisie sur compte personnel juridiquement possible.
2. La procédure a-t-elle été respectée ?
Plusieurs irrégularités potentielles peuvent être examinées.
Sur la signification de l'acte : le commissaire de justice (anciennement huissier) doit, en principe, signifier l'acte au débiteur lui-même ou, lorsqu'il s'agit d'une personne morale, à son représentant légal (article 654 du Code de procédure civile).
Si la signification à personne est impossible, elle peut être effectuée à domicile ou à résidence. Dans ce cas, un avis de passage doit être laissé (article 655 du Code de procédure civile).
Si la personne ne peut être trouvée ni à son domicile ni à son lieu de travail, le commissaire de justice peut dresser un procès-verbal de recherches infructueuses relatant précisément les diligences accomplies (article 659 du Code de procédure civile).
Le simple passage dans un local professionnel fermé, sans remise effective de l'acte ni autres diligences, pourrait constituer une irrégularité de procédure. Il convient donc de vérifier précisément le mode de signification utilisé (remise à personne, dépôt en étude, lettre recommandée, procès-verbal de recherches, etc.) ainsi que les diligences mentionnées dans l'acte.
Sur la saisie d'un compte joint : la saisie sur un compte joint est juridiquement possible ( Cass. civ. 2e, 21 mars 2019, n° 18-10.408 ). Toutefois, les fonds appartenant au conjoint non débiteur sont en principe protégés.
La saisie doit être dénoncée aux cotitulaires du compte afin qu'ils puissent faire valoir leurs droits. Le conjoint non débiteur peut demander à la banque le cantonnement de la saisie à la seule quote-part présumée appartenir au débiteur, en apportant la preuve de l'origine des fonds qui lui appartiennent (par exemple des salaires).
Sur l'absence de courrier préalable : en principe, l'URSSAF doit adresser une mise en demeure avant d'engager une procédure de recouvrement forcé. L'absence de réception de ce courrier à votre adresse personnelle peut constituer un élément à examiner, même si, juridiquement, la régularité dépendra surtout de la preuve de son envoi.
3. Vos recours envisageables
Vous disposez d'un délai d'un mois à compter de la dénonciation de la saisie pour la contester.
Vous pouvez saisir le juge de l'exécution (JEX) du tribunal judiciaire (R. 221-10 et R. 211-11 du code des procédures civiles d'exécution) afin de demander la mainlevée de la saisie. La contestation peut porter :
• sur le fond : la nature de la dette (dette de la société ou dette personnelle du gérant) ;
• sur la forme : irrégularités éventuelles dans la signification ou dans la procédure de saisie.
Concernant votre épouse, si une partie des fonds présents sur le compte joint lui appartient (salaires, revenus personnels, etc.), elle peut contacter rapidement la banque afin de demander le cantonnement de la saisie et produire les justificatifs attestant de l'origine de ces fonds.
Enfin, il peut être utile de demander à l'URSSAF ou au commissaire de justice la communication du titre exécutoire précis fondant la saisie, afin d'identifier la nature exacte des cotisations réclamées. Si la dette relève en réalité de la société et que le compte bancaire de l'EURL est encore approvisionné, un paiement direct depuis ce compte pourrait éventuellement conduire à la mainlevée de la saisie pratiquée sur le compte joint.
il y a 19 heures
Re,
Le fait d'avoir opté pour l'IS a t-il des conséquences ?
Le fait que la tentative de signification début janvier se soit produite devant un commerce vide fermé sans nom sur la boîte aux lettres puisque le bail avait été résilié fin novembre.
Le fait que nous ayons déménagés de notre domicile fin octobre et que ce soit notre ancienne adresse qui figure sur le document de saisie attribution transmis par la banque.
Le fait que nous n'ayons rien reçu à notre nouveau domicile concernant cette affaire jusqu'au 05 mars 2026, alors que nous avons fait suivre notre courrier.
Le fait que nous apprenions par la banque le 03 mars 2026 qu'une saisie attribution a eu lieu sur notre compte joint.
Le fait que le 05 mars, suite à l'appel au cabinet du commissaire de justice, je leur apprends notre nouvelle adresse.
Le fait que le 06 mars je trouve deux avis de passage, un a mon nom et prénom et l'autre au nom de mon epouse sans son prénom, l'adresse de la boutique ayant été barrée et remplacée à la main par notre nouvelle adresse.
Et, enfin, le fait que le 06 mars, nous trouvions un avis de passage d'une lettre avec AR dans notre boîte aux lettres.
Cordialement,
Jérôme Rabiller
il y a 17 heures
Bonjour,
Votre option pour l'IS est sans lien avec la procédure de saisie. Cependant, la signification à une adresse erronée alors que vous aviez déménagé est une cause majeure de nullité de l'acte.
Puisque l'acte n'a pas été porté à votre connaissance effective, le délai pour contester la saisie-attribution (un mois à compter de la signification) est prolongé, et l'irrégularité de la signification au domicile réel invalide la saisie.
Vous devez agir immédiatement par le biais d'un avocat pour soulever ces vices de forme et obtenir la mainlevée, tout en vérifiant si le commissaire a effectué des recherches de domicile conformes.
Merci d'indiquer que la question est résolue.
il y a 17 heures
Cher Monsieur,
Non l'option à l'IS n'a pas de conséquence sur votre situation, si les cotisations en question sont vos cotisations personnelles au titre de votre mandat de gérant associé unique de l'EURL.
Par ailleurs, au vu des nouveaux éléments que vous fournissez, il semble que des irrégularités ont été commises par l'huissier de justice.
Au regard des articles 654 à 659 du Code de procédure civile, la signification effectuée par le commissaire de justice semble irrégulière à plusieurs titres :
(i) d'abord, le passage à la boutique début janvier est antérieur à la saisie du 4 mars 2026 ;
(ii) ensuite, l'huissier disposait d'éléments suffisants pour savoir que vous n'étiez plus joignable ni à l'ancienne adresse personnelle (déménagement fin octobre 2025), ni à la boutique (bail résilié fin novembre 2025) : il aurait donc dû, conformément à l'article 659, dresser un procès-verbal de recherches puis vous adresser une LRAR à votre dernière adresse connue (à peine de nullité de la signification) ;
(iii) enfin, les avis de passage du 6 mars semblent présenter des irrégularités : l'adresse y a été corrigée à la main après que vous ayez vous-même communiqué votre nouvelle adresse au cabinet le 5 mars, ce qui traduit une tentative de régularisation a posteriori d'une procédure qui paraît douteuse, voire nulle.
Ces éléments constituent des moyens sérieux de nullité à faire valoir devant le juge. Le délai pour contester est d'un mois. Il reste donc encore du temps pour agir, mais il est conseillé de consulter un avocat sans tarder afin de préparer la contestation dans les meilleures conditions.
Bien à vous.
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