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Fiche pratique rédigée par Maître Sybille COLLIN DE LA BELLIèRE
Maître COLLIN DE LA BELLIèRE

La prise d'acte : mode autonome de rupture du contrat de travail

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La prise d'acte constitue un mode autonome de rupture du contrat de travail.

Dans cette hypothèse, le salarié saisit le Conseil de Prud'hommes pour que ce dernier statue sur les manquements qu'il oppose à son employeur.

Ces manquements doivent être suffisamment graves pour empêcher la poursuite du contrat de travail.

Selon l'appréciation des juges du fond, la prise d'acte produira les effets :

- soit d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse si les faits invoqués par le salarié le justifient,

- soit une démission.

La prise d'acte constitue ainsi un mode de rupture du contrat de travail risqué pour le salarié qui, s'il ne parvient à convaincre le Tribunal de la réalité et de la gravité des reproches qu'il oppose à son employeur, sera considéré comme démissionnaire et sera donc privé des indemnités chômage.

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Votre demande concerne une relation employeur-salarié et ses conséquences : contrat de travail (CDI, CDD, intérim, stage), exécution du contrat (salaires/primes, heures supplémentaires, congés payés, clauses de mobilité ou de non-concurrence) ou modification des conditions de travail.

Elle peut aussi porter sur la rupture (licenciement pour faute/économique/motif personnel, démission, rupture conventionnelle), des sanctions disciplinaires, la discrimination, le harcèlement moral ou sexuel, le règlement intérieur, les représentants du personnel/syndicats, l'intéressement/participation/épargne salariale, l'accident du travail, et éventuellement le pénal du travail (santé-sécurité, travail dissimulé, entrave, prêt illicite de main-d'oeuvre, etc.).

Séjour/nationalité : titre de séjour, visa, asile, OQTF, régularisation, renouvellement, naturalisation, autorisation de travail, rétention, expulsion.

Votre demande relève du droit des étrangers (séjour ou nationalité) : naturalisation, titre de séjour/carte de résident, visa, changement de statut, autorisation de travail, asile, regroupement familial.

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Pénal : victime, suspect(e)/mis(e) en cause ou condamné(e) (plainte, audition, garde à vue, convocation, jugement, appel), avec enquête, tribunal, recours et éventuelle constitution de partie civile.

Vous êtes victime, suspect(e)/mis(e) en cause ou condamné(e) dans une affaire pénale : plainte, convocation, audition, garde à vue, enquête ou instruction.

La procédure peut passer par une alternative (médiation, composition pénale), une CRPC ou une comparution immédiate, puis un jugement devant le tribunal de police, le tribunal correctionnel ou la cour d'assises, avec constitution de partie civile possible et recours (appel, cassation). Le sujet peut aussi inclure les infractions routières/permis et l'exécution/aménagement de peine.

Litige avec une administration ou un établissement public et je conteste une décision (refus, retrait, sanction, autorisation, silence de l'administration).

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Sécurité sociale / CPAM / CAF / MSA / URSSAF : litige sur des droits/prestations (AT-MP, refus, trop-perçu, taux), des cotisations ou un contrôle, recours.

Vous contestez une décision d'un organisme social ou un dossier de protection sociale (CPAM/CAF/MSA, URSSAF).

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Licenciement économique

Cela signifie que l'employeur justifie la rupture par la situation de l'entreprise ou une réorganisation. Exemple : votre poste est supprimé parce que l'activité baisse.

Licenciement pour motif personnel

Cela signifie que la rupture est liée à votre situation ou à votre comportement, sans être forcément présentée comme une faute disciplinaire. Exemple : l'employeur estime que vous n'êtes plus adapté au poste.

Licenciement pour faute

Cela signifie que l'employeur vous reproche un comportement ou un manquement qu'il estime suffisamment grave pour rompre le contrat. Exemple : absences non justifiées ou non-respect d'instructions importantes.

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Faute simple

Il s'agit d'un reproche sérieux, mais pas au point de rendre impossible votre maintien immédiat dans l'entreprise. Exemple : un manquement répété aux consignes.

Faute grave

Il s'agit d'un reproche que l'employeur considère comme très sérieux, au point de ne pas pouvoir vous garder dans l'entreprise pendant le préavis. Exemple : refus répété d'exécuter le travail ou incident grave.

Faute lourde

Il s'agit d'un reproche encore plus grave, avec l'idée que le salarié aurait voulu nuire à l'employeur. Exemple : destruction volontaire de matériel pour faire du tort à l'entreprise.

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Les contours de la prise d'acte

Tout salarié titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée ou d'un contrat de travail à durée déterminée peut prendre acte de la rupture de son contrat de travail.

La prise d'acte peut intervenir à tout moment de l'exécution du contrat, sauf durant le temps de la période d'essai.

Ce mode de rupture peut être envisagé lorsque le salarié constate des manquements suffisamment graves dans l'exécution de son contrat, lesquels sont de nature à empêcher la poursuite de ce dernier.

La prise d'acte est notamment envisageable dans les cas suivants :

- situation de discrimination ou de harcèlement ;

- non paiement de tout ou partie du salaire dû ;

- modification d'éléments substantiels du contrat de travail sans l'accord préalable du salarié ;

- etc.

Si le salarié n'est pas tenu d'effectuer un préavis, la prise d'acte n'exclut toutefois pas la possibilité pour le salarié d'en exécuter un.

La prise d'acte entraîne la cessation immédiate du contrat de travail, de sorte que le salarié n'est pas tenu d'exécuter un préavis.

La circonstance que l'intéressé a spontanément accompli, ou offert d'exécuter un préavis est dès lors sans incidence sur l'appréciation de la gravité des manquements invoqués par le salarié à l'appui de la prise d'acte.

Dès lors que le salarié a pris acte de la rupture de son contrat de travail, celle-ci est effective.

Ainsi, tout acte de l'employeur postérieur à cette prise d'acte, que cela soit un licenciement, ou encore une prise d'acte de la démission du salarié, est sans incidence sur la qualification de la rupture, laquelle dépend exclusivement des griefs invoqués par ce dernier.

Il en ressort que la lettre envoyée postérieurement par l'employeur pour imputer au salarié la rupture du contrat sera considérée comme non avenue.

Les conséquences et les enjeux de la prise d'acte

A l'issue de la prise d'acte de la rupture de son contrat par le salarié, l'employeur doit mettre à sa disposition :

- son certificat de travail ;

- l'attestation Pôle emploi, laquelle doit alors faire mention de la formulation suivante " Prise d'acte de la rupture du contrat de travail par le salarié " sur la ligne " Autre motif " ;

- son solde de tout compte.

La cessation du contrat de travail est jugée comme étant définitive. Il n'y a donc pas de rétractation possible et le salarié ne peut pas demander sa réintégration dans l'entreprise.

Les conséquences financières de la prise d'acte de la rupture du contrat varient par ailleurs en fonction de la décision du Conseil de Prud'hommes qui en est saisit.

Si les manquements invoqués par le salarié à l'appui de son action sont jugés comme étant avérés et suffisamment graves, alors le Conseil jugera que la rupture est imputable à l'employeur et qu'elle doit s'analyser en un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Dans cette hypothèse, le salarié pourra prétendre aux sommes suivantes :

- Indemnité de licenciement (légale ou conventionnelle selon le régime le plus avantageux pour le salarié) ;

- Indemnités compensatrices de préavis et de congés payés ;

- Dommages et intérêts pour licenciement injustifié.

Dans le cas contraire, si le Conseil de Prud'hommes juge que les manquements invoqués par le salarié ne sont pas avérés ou encore qu'ils ne sont pas suffisamment graves, ce dernier sera alors considéré comme étant démissionnaire.

Privé des indemnités chômage, le salarié pourrait également être redevable à l'égard de l'employeur d'une indemnité compensatrice de préavis, si celui-ci n'a pas été exécuté.

La prudence est donc de mise s'agissant de ce mode autonome de rupture du contrat de travail, le salarié laissant à l'appréciation souveraine des juges du fond les conséquences de son départ.

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