La jurisprudence du Conseil d'État du 30 juin 2025
Dans sa décision CE, 30 juin 2025, n°494573, le Conseil d'État a opéré un changement important de règle :
La date à retenir pour apprécier si un recours administratif facultatif (gracieux ou hiérarchique) formé avant un recours contentieux a été introduit dans les délais est désormais la date d'expédition du recours, telle qu'attestée par le cachet de La Poste, sauf disposition législative ou réglementaire contraire.
En pratique, gardez une preuve d'envoi : conservez le récépissé, la copie du courrier et un cachet de La Poste lisible (idéalement en recommandé).
Concrètement, si vous postez votre recours avant l'expiration du délai de deux mois, il est considéré comme fait dans les temps, même si l'administration le reçoit plus tard.
Portée et implications de l'évolution
- Renforcement de la sécurité juridique
Cette évolution vise à réduire l'incertitude pesant sur les justiciables quant au respect des délais de recours. En privilégiant la date d'expédition, le juge prend en compte les aléas du service postal qui ne sont pas imputables au requérant. Cette règle se rapproche de celle désormais applicable pour la saisine des juridictions par voie postale, qui valorise également la date d'envoi.
- Équité entre modes de saisine
Le Conseil d'État contribue ainsi à une harmonisation des pratiques entre les différents modes de saisine (poste vs. téléprocédures). Cette harmonisation avait déjà fait l'objet d'une évolution jurisprudentielle antérieure afin d'éviter que l'usage de la voie postale ne soit défavorisé par rapport aux dépôts en ligne.
- Sécurité accrue pour les administrés et leurs conseils
Pour les praticiens du droit administratif, ce changement facilite la gestion des contentieux, en réduisant les risques d'un recours refusé uniquement à cause d'un retard de livraison du courrier, fondé sur les retards postaux. Il limite également les stratégies procédurales fondées sur des contestations de dates de réception.
Conclusion
La décision du Conseil d'État du 30 juin 2025 constitue une avancée importante du droit administratif français en matière procédurale. En consacrant la date d'expédition comme référence pour l'appréciation de la recevabilité des recours, le juge administratif met en place un critère plus objectif et protecteur pour les justiciables qui recourent au service public postal. Cette évolution jurisprudentielle s'inscrit dans une tendance plus large d'adaptation du droit procédural aux réalités pratiques des usagers et de renforcement de l'accès au juge administratif.
Même si la règle est plus favorable, vous devez pouvoir prouver la date d'envoi. Voici les réflexes indispensables :
1. Envoyez votre recours en recommandé
- Le recommandé avec accusé de réception est fortement conseillé
- Il fournit une preuve fiable de la date d'expédition
2. Gardez toutes les preuves
En pratique, gardez une preuve d'envoi :
- le récépissé de La Poste
- une copie intégrale du courrier envoyé
- un cachet de La Poste lisible (très important)
3. N'attendez pas le dernier jour
Même si la date d'envoi fait foi :
- postez votre courrier quelques jours avant la fin du délai
- cela évite toute discussion sur un cachet illisible ou incomplet
4. Attention aux exceptions
Cette règle s'applique :
- aux recours administratifs facultatifs (gracieux ou hiérarchiques)
D'autres règles peuvent exister si un texte prévoit expressément autre chose ou selon le type de procédure.