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Les relations entre associés peuvent parfois se dégrader au point de compromettre le fonctionnement même de la société. Refus systématique de voter certaines décisions, absence volontaire aux assemblées, opposition à une opération essentielle, rétention de documents ou conflits permanents : les situations de blocage peuvent prendre des formes très différentes.
Il convient toutefois de distinguer la simple mésentente entre associés de l'abus de minorité, de la paralysie effective de la société ou encore du comportement matériellement fautif d'un associé. Les recours judiciaires ne seront pas les mêmes selon la nature et la gravité du blocage.
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Identifier la situation et les recours permettant de débloquer la société
Le simple désaccord entre associés ne constitue pas, à lui seul, une faute. Un associé est libre de voter contre une résolution s'il estime que celle-ci n'est pas conforme à ses intérêts ou à ceux de la société.
La situation peut toutefois caractériser un abus de minorité lorsque l'associé utilise ses droits de vote dans le seul but de favoriser ses intérêts personnels, au détriment de l'intérêt social, en empêchant une opération essentielle pour la société.
Deux conditions doivent ainsi être réunies : le comportement de l'associé doit être contraire à l'intérêt général de la société et être dicté par la volonté de privilégier ses intérêts personnels au détriment des autres associés.
L'abus de minorité peut notamment être caractérisé lorsqu'un associé refuse une augmentation de capital indispensable à la survie de la société, ou s'oppose à une décision nécessaire à la poursuite de son activité dans le seul objectif de provoquer sa liquidation ou d'obtenir un avantage financier.
En revanche, le seul fait qu'un associé refuse une résolution importante ne suffit pas. Il faut rechercher les raisons de son opposition et vérifier si celle-ci peut être objectivement justifiée par l'intérêt de la société.
Lorsque l'abus de minorité est établi, la société ou les autres associés peuvent notamment solliciter la désignation d'un mandataire ad hoc chargé de représenter l'associé lors d'une nouvelle assemblée et de voter dans le sens permettant de mettre fin à l'abus. Le juge ne peut toutefois pas se substituer directement aux organes sociaux en déclarant lui-même la résolution adoptée.
L'associé fautif peut également voir sa responsabilité civile engagée et être condamné à indemniser le préjudice causé à la société ou aux autres associés.
Il convient également d'examiner les mécanismes prévus par les statuts ou le pacte d'associés : clause de médiation, procédure de sortie, clause d'exclusion, mécanisme de rachat forcé ou modalités particulières de règlement des conflits.
Enfin, lorsque le blocage résulte de comportements matériels et non simplement d'un vote, une intervention judiciaire peut être sollicitée en référé. La rétention de documents sociaux, le blocage d'une opération nécessaire à la société ou encore l'intervention d'un ancien dirigeant auprès des partenaires de la société peuvent, selon les circonstances, constituer un trouble manifestement illicite justifiant une mesure de remise en état.
Lorsque le conflit paralyse la société : administrateur provisoire, exclusion ou dissolution
Lorsque les désaccords entre associés dépassent le simple conflit et entraînent une paralysie effective du fonctionnement social, des mesures judiciaires plus importantes peuvent être envisagées.
La première possibilité est la désignation d'un administrateur provisoire. Il s'agit toutefois d'une mesure exceptionnelle, qui suppose de démontrer un fonctionnement anormal ou paralysé de la société ainsi qu'un péril imminent ou un risque de dommage grave pour l'intérêt social.
La simple mésentente entre associés ne suffit donc pas. Il faut démontrer ses conséquences concrètes : impossibilité de prendre les décisions nécessaires, blocage des organes sociaux, impossibilité de tenir normalement les assemblées ou encore impossibilité de poursuivre l'activité dans des conditions normales.
Lorsque le blocage est plus limité, le recours à un mandataire ad hoc peut être préférable. Sa mission peut être précisément définie : convoquer une assemblée, obtenir la remise de documents, accomplir une démarche particulière ou permettre le règlement d'une difficulté ponctuelle.
De même, un expert de gestion peut être sollicité lorsqu'il existe des interrogations sur la gestion de la société ou sur certaines opérations. Son rapport pourra ensuite permettre, le cas échéant, d'engager une action en responsabilité ou de prendre les décisions sociales appropriées.
Lorsque les statuts le permettent, l'exclusion de l'associé bloquant peut également constituer une solution efficace. Il convient alors de vérifier attentivement la clause d'exclusion, les motifs permettant sa mise en ?uvre, la procédure applicable ainsi que les modalités de rachat des droits sociaux. Une exclusion abusive ou irrégulière peut être contestée devant le juge.
Enfin, lorsque toute poursuite de la vie sociale devient impossible, un associé peut demander la dissolution judiciaire de la société pour justes motifs, sur le fondement de l'article 1844-7, 5° du Code civil. La mésentente ne suffit cependant pas : elle doit entraîner une véritable paralysie du fonctionnement de la société.
En pratique, il convient donc d'adapter le recours à la gravité du blocage : mécanismes statutaires et amiables, mandataire ou référé en cas de difficulté ponctuelle, puis administrateur provisoire ou dissolution lorsque le fonctionnement de la société est réellement paralysé.
Fiche pratique rédigée par
Maître Lucas GRONCHI
Avocat au barreau de MARSEILLE (droit bancaire, droit commercial, droit de la consommation)
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