I. L'identification d'une situation de prêt de personnel illicite
Pour savoir si une mise à disposition de salariés est licite, il faut d'abord vérifier l'objet du contrat. Si des salariés d'une entreprise tierce travaillent dans vos locaux dans le cadre d'un contrat de sous-traitance ou de prestation de service (exemple : une société de nettoyage), le prêt s'inscrit dans une opération plus large, ce qui écarte le risque d'infraction.
En revanche, si leur présence ne s'explique par aucun projet particulier et que le contrat a pour seul objet de mettre des salariés à disposition, le premier critère de l'infraction est rempli.
Le second critère concerne le but lucratif. Une opération n'est pas lucrative si l'entreprise prêteuse facture uniquement les salaires versés, les charges sociales et les frais professionnels des salariés mis à disposition. Toute facturation supérieure (incluant des frais de gestion, marges, etc.) caractérise le but lucratif et rend l'opération illicite.
Certaines activités échappent à l'interdiction : les entreprises de travail temporaire, les agences de travail à temps partagé (sous respect strict du cadre légal), les agences de mannequins et agents artistiques titulaires d'une licence, ou encore les associations sportives mettant des salariés à disposition d'une fédération. En cas de non-respect du cadre légal du travail à temps partagé, l'entreprise perd cette protection et peut être poursuivie pour marchandage.
II. Les sanctions encourues
Les personnes physiques reconnues coupables de prêt de personnel illicite encourent 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende (portés à 5 ans et 75 000 € si l'infraction vise plusieurs personnes ou des personnes vulnérables, et jusqu'à 10 ans et 100 000 € en cas de bande organisée). S'ajoutent des interdictions de sous-traiter (2 à 10 ans), l'affichage du jugement et sa diffusion sur internet par le ministère du Travail pendant 2 ans.
Pour les personnes morales, l'amende atteint 150 000 € (500 000 € en bande organisée), avec possibilité de confiscation de biens ayant servi à l'infraction.
Sur le plan civil, les salariés peuvent obtenir réparation s'ils ont subi un préjudice, notamment si l'opération constitue également du marchandage. Le contrat de sous-traitance sera annulé pour objet illégal, et l'entreprise utilisatrice peut être reconnue co-employeur, devenant solidairement responsable des sommes dues aux salariés.
Les sanctions administratives incluent le refus ou le remboursement des aides publiques, la fermeture administrative et l'exclusion de marchés publics. Enfin, les syndicats représentatifs peuvent saisir la justice même sans mandat du salarié, après simple information de ce dernier. Ces risques imposent une vigilance accrue lors de toute mise à disposition de personnel.