Bonjour,
Madame Muetton et Monsieur Lopete n'ont jamais vécu ensemble. Ils ont eu une petite fille, Tessah, âgée aujourd'hui de 8 ans. Depuis quelques temps, Tessah affirme avoir peur de son papa et ne le voit plus. Monsieur Lopete ne comprend pas les réticences de sa fille, ne reconnaît pas les accusations dont il fait l'objet et désire pouvoir la rencontrer régulièrement. De part et d'autre, les grands-parents et les familles sont appréciés par Tessah qui veut bien les voir. Elle accepte même de voir Monsieur Lopete à condition qu'une tierce personne la "protège" . Si elle n'est certainement pas en danger en sa présence, on ne peut pas ne pas tenir compte de l'angoisse un peu floue qui l'habite. Monsieur Lopete et Madame Muetton semblent bien incapables de se mettre d'accord sur une personne qui serait "neutre". Madame Muetton et Monsieur Lopete ont été reçus séparément le matin, puis en ensemble en fin d'après-midi. Tessah a été reçue seule puis en présence de son papa. Madame Muetton Madame Muetton a 34 ans, actuellement elle ne travaille pas. « On s'est connus vers 2016, j'avais à peu près 26 ans, on est restés ensemble de 2017 à 2018. On s'est séparés à cause de la violence conjugale ( une fois, quand j'ai changé la couche). Il ne voulait pas partir, mon frère, ma tante, ma sœur sont venus pour le faire sortir. Finalement, il est sorti. Il m'a menacée plusieurs fois d'enlever Tessah. J'ai fait les démarches pour qu'il y ait un lien entre le papa et Tessah. Au fil des années, ça s'est dégradé; je la récupérais, elle faisait pipi par terre, elle était fatiguée. Quand elle a commencé à parler, elle disait que son papa lui faisait boire de la bière. Elle regardait des zombies avec le frère et la sœur de Monsieur. Elle m'a dit que, quand le grand-père et la grand-mère travaillait, c'était Asma qui surveillait Tessah et Pharell, le petit frère. Tessa et Pharrell ont le même âge. La grand-mère a entre 40 et 50 ans. Lui, il a environ 30 ans, je ne sais pas vraiment son âge, la grand-mère a modifié son âge. Il avait perdu ses papiers, quand ils les ont refait... Tessah n'était pas bien, elle a dit qu'elle allait seule au parc avec Pharrell et Asma. Asma n'a que 12 ans mais en 2023, elle avait 9 ou 10 ans. Des fois, les enfants déforment la réalité, mais Tessah a dit qu'ils allaient tous seuls au parc; j'en ai parlé à Monsieur, il a minimisé la situation. Devant le juge, Monsieur s'est emporté; Monsieur Houée, le juge, a répondu "vous minimisez trop la situation, ce n'est pas aux mineurs à surveiller les petits". Le juge a dit que si la situation se prolongeait, j'avais le droit de récupérer Tessa. Il y a eu l'histoire de la police, je devais déposer Tessah au domicile de la grand-mère. Pendant les vacances et à l'époque, si Monsieur ne venait pas, je récupérais Tessah et je la déposais au domicile de la grand-mère. Il ne travaillait pas. Il y avait un attroupement de police. Quand je voulais déposer Tessah, la police a dit, "non, vous retournez chez vous. La situation est délicate. Votre petite fille ne doit pas voir cette scène". Apparemment ils ont volé une voiture, Monsieur avait des antécédents judiciaires avant notre rencontre. Ils étaient surveillés. La police a dit "vous ramenez votre fille chez vous et vous déposez une main courante". J'ai demandé si je pouvais faire une photo et je l'ai donnée à l'avocat pour expliquer la situation. Tessah était en pleurs pendant plusieurs jours. Elle n'était vraiment pas bien. Ça a été crescendo, il y a eu des complications par rapport à Tessah; j'ai fait un signalement à la protection de l'enfance par rapport à ses dires, elle avait peur de son père, il la menaçait. Il y avait un trop-plein, je veux la protéger, je ne veux plus qu'elle soit anxieuse ou stressée. Tout ça, c'était entre 2022/ 2023/ 2024. L'année dernière, il y a eu une fois de trop, il la voit quand ça l'arrange. Lui, il ne se rend pas compte que ça a un impact sur Tessah. Elle s'est renfermée, elle ne voulait plus jouer avec ses amies, elle ne se concentrait plus à l'école. Lui, il a eu un autre enfant après; une petite fille qui a quatre ans Mayse. Du coup l'année dernière, il y a eu une fois de trop pour Tessah. Elle déprimait, elle faisait pipi au lit plusieurs fois par nuit, je changeais les draps plusieurs fois, elle ne voulait plus aller dans sa chambre, elle ne voulait même plus jouer dans sa chambre, elle voulait dormir avec moi, ça a duré un long moment. Il y a eu une fête de famille, un neveu nous a dit que Tessah disait qu'elle voulait mourir, elle ne voulait plus dormir toute seule chez son père. Bientôt, il y a eu les vacances d'hiver, j'ai pris conscience de la situation, j'ai décidé de la garder. L'audience a été en avril, ça a d'abord été reporté parce que Monsieur n'avait pas les pièces de conclusion. J'ai fait une requête pour qu'elle n'aille pas chez son père et qu'il ait un droit de visite médiatisée une fois par mois. La communication avec le papa est très difficile. J'ai envoyé un message au papa, j'ai proposé qu'elle passe que la journée, j'ai même proposé de faire des trajets, il a refusé. Tout net! J'ai pris l'entière responsabilité de garder Tessah et depuis, elle va mieux. Tessah dit que son père la menace, qu'il va la tuer, elle et moi; elle dit qu'il vole dans les magasins, il met les objets volés dans son manteau et elle dit, "je ne veux plus faire ça" ». « Moi j'ai été adoptée à l'âge de quatre ans, j'ai trois sœurs et un frère; ce sont des enfants biologiques, je suis la seule adoptée; je suis la petite dernière. Ma mère et une de mes tantes sont venues me récupérer au Mali. Ils ont été très ouverts par rapport à mon adoption. Mes frère et sœurs aussi. Quand j'étais au collège ou au lycée, je suis allée voir ma famille et mon pays. Ma mère biologique avait le sida, elle allait mourir, donc elle a fait des démarches pour l'adoption. J'ai un grand frère et une grande sœur au Mali. Au bout d'un moment, j'ai pris la décision de ne plus avoir de contacts avec la famille là-bas, avec ma famille biologique, parce qu'ils venaient demander de l'argent à mes parents. J'ai fait des études en France, un BEP service aux personnes et un CAP petite enfance; j'ai fait une formation de secrétaire administrative. Mes parents voulaient qu'on trouve nous-mêmes du travail. J'ai travaillé depuis l'âge de 16 ans. Ma mère, elle était prof. de maths dans un collège. Mon père, il était agent d'entretien dans un établissement pour handicapés. J'ai eu une scolarité normale, je voulais faire des études plus longues mais je connais mes capacités, je voulais être sur le terrain. J'ai obtenu un BAFA et j'ai travaillé dans un centre de loisirs pendant les vacances, l'école, la cantine, la récréation. Avec mon BEP, j'ai travaillé dans un EHPAD et puis après j'ai eu ma fille. Mon grand frère est informaticien à son compte; il a deux enfants. Ma deuxième s?ur est orthophoniste; elle a trois enfants. J'ai une autre sœur qui est orthoptiste; elle a trois enfants. Une autre sœur encore est juriste, après elle s'est reconvertie. Elle est devenue professeur d'histoire-géo. Elle a un enfant. Avant je travaillais, j'ai une scoliose et une sciatique, je me suis fait opérer il y a deux ans. Si le chirurgien me dit que je peux retravailler, je le ferai. Avant je faisais de l'accueil téléphonique. Dans ma famille, on est très proches, ils m'ont beaucoup soutenue par rapport à Tessah et son père. Ma mère, elle m'a accompagnée dans mes démarches auprès du père parce qu'il y avait des insultes. Elle a pris une deuxième carte SIM pour que, s'il y avait des problèmes par rapport à Tessah, elle réponde avec des mots neutres. Tessah voit beaucoup ses cousins. Ils sont très rapprochés en âge. J'étais adoptée à quatre ans, je me rappelle un tout petit peu; j'ai une enfance agréable chez mes parents, ils m'ont dit que je m'étais adaptée très vite, j'avais une bonne intégration, j'étais une petite fille très sociable, j'allais vite vers les autres. En fait, je n'ai pas beaucoup de souvenirs d'avant. Ils m'ont dit que j'étais très proche de ma mère biologique, je lui faisais des câlins. Ma mère était très fatiguée, je m'accrochais à elle. Ma mère et ma tante sont venues me récupérer. Elles ont vu que j'aimais ma mère, "tu sais que tu vas avoir une nouvelle vie", ma mère biologique m'a expliqué et du coup je savais, même s'il y avait une rupture. J'ai un peu peur de l'abandon, c'est toujours très compliqué, c'est pour ça qu'avec ma mère on est super proches. Ado quand ma mère avait 10 minutes ou une demi-heure de retard, je paniquais. Après, en grandissant, j'ai changé. Mes parents m'ont fait voir mon pays d'origine, j'ai vu une grosse différence entre mes parents adoptifs et ma famille biologique. Ils ont été tous très ouverts par rapport à mon adoption, mon frère et mes sœurs. Je suis tombée dans une famille aimante. Oui, aujourd'hui, j'ai quelques amis et quand je veux sortir, ma mère garde Tessah. Je peux sortir avec mes copines de temps en temps. Lui, il est camerounais. Au début, il était très gentil, attentionné; au bout d'un an, il a changé de comportement. Malgré ça, je suis restée, je voulais partir mais il trouvait toujours des mots doux. Après c'était la gifle. On a eu une rupture définitive... À plusieurs reprises, mon père m'a prévenue, il voyait que c'était quelqu'un de pas très agréable. Ma mère m'a toujours dit que "on est là si t'as besoin ". À l'époque, j'étais pas prête de partir. Je voulais essayer d'arranger la situation. Après, j'ai compris qu'il fallait que je parte pour me sauver moi. Au début, j'étais pas prête à refaire ma vie car la situation avec le papa ça m'a sonnée. J'étais pas prête pour Tessah et puis j'ai eu un problème de santé, j'ai pris conscience, ça m'a permis de voir la situation autrement, surtout écouter mes parents... Mais quand on est amoureux... Tessah, j'ai appris ma grossesse par ma meilleure amie, elle a vu que j'avais un ventre arrondi; j'ai appelé ma mère, le bébé était déjà formé. J'étais un peu choquée, très surprise, ça faisait trois mois, je n'ai pas... je n'avais pas vu les signes. C'est mon amie qui me l'a dit, "ton pantalon est serré". J'avais pas de règles mais si je suis stressée, j'ai pas de règles; mes règles sont irrégulières. Avec ma mère, on est allées faire une échographie. J'ai eu du mal à me préparer, le bébé était déjà formé. J'ai préparé ma grossesse seule; j'allais seule aux examens. J'ai essayé qu'il soit plus impliqué mais je pouvais pas le forcer; j'ai suivi la grossesse toute seule, j'ai eu le soutien de ma mère, de mes parents et de mon amie. Je travaillais au CHU d'Estaing en néo-nat. Ma fille était trop petite dans le ventre. J'ai donc dû arrêter de travailler. À la fin de la grossesse, il y a eu le mariage de ma sœur dans la maison familiale, ça a été un peu chargé. Je ne vivais pas avec le père, je n'ai jamais vécu avec le père; au début, j'étais amoureuse, il était jamais là, il sortait beaucoup mais à la fin j'acceptais la situation. J'ai perdu les eaux, j'ai appelé ma mère, je n'arrivais pas à joindre Monsieur. J'ai eu des contractions, ma fille ne voulait pas sortir, alors on m'a fait une césarienne. Quand elle est sortie, j'ai vraiment compris que ma vie allait changer, que j'étais maman. Avec le papa, ça ne va pas; est-ce que je vais arriver à assumer? Là j'ai compris que oui. Avec ma mère, on est très complices; peutêtre un peu trop d'après mon père! Elle est proche de tous ses enfants, elle a beaucoup d'amour pour tous ses enfants, pour mon frère et mes sœurs. Mon père aussi, mais on n'a pas une communication facile avec lui mais je sais qu'il a toujours été là, je sais qu'il sera toujours là le premier, je peux compter sur lui. Il est un peu distant, pas qu'avec moi. Maintenant, il a vu que j'ai fait ma vie. La communication est plus fluide avec lui. Pendant l'adolescence, je me cherchais un peu; on se voyait pas trop. Je me suis assagie. Je suis devenue plus mûre. On a retrouvé une vraie complicité avec mon père; ça nous fait plaisir! Il le dit lui-même qu'il n'est pas facile mais qu'il sera toujours là pour ses enfants ». « Je ne sais pas pourquoi Monsieur ne s'est pas intéressé à sa fille; j'ai toujours essayé de garder un lien, je ne sais pas pourquoi, il ne voulait pas s'en occuper. Il demandait jamais des nouvelles de Tessah. Il ne demande jamais des nouvelles, juste quand il doit faire sa carte de séjour ou quand il doit faire l'AED; sinon il ne demande pas de nouvelles. Il attend qu'il y a une situation spéciale pour demander des nouvelles de sa fille ». « Il ne parle pas de son enfance, j'étais très proche de sa mère mais plus du tout maintenant. Ils sont très gentils, pourtant, je me suis disputée avec la grand-mère parce qu'elle connaît les défaillances du papa, elle est au courant mais elle le protège tout le temps. L'alcool, la drogue, je lui ai dit que je préfère protéger Tessah. Du coup, elle ne voit plus sa petite fille; au début, elle voyait sa petite fille, maintenant, elle ne me demande plus de nouvelles. Il a toujours eu un problème d'alcool et de drogue. Je reproche ça à la grand-mère. Quand Tessah est chez elle, elle ne dit rien. Une fois, j'ai vu une scène... j'avais tellement peur que ma fille... je l'ai menacé de le signaler à la protection de l'enfance, "si tu continues à te droguer, l'alcool", j'ai dit à la grand-mère "vous avez des enfants mineurs, vous ne dites rien". "Soit vous trouvez une solution pour votre fils "... Asma a 12 ans, le petit frère il a huit ans; et il y a un autre grand, Ahmed, il est parti; lui il a des problèmes de drogue et d'alcool. Le grand père, il est très gentil mais il reste en retrait. Monsieur ne vient pas au rendez-vous; pour l'orthophoniste, il n'est pas venu. Pour le voyage scolaire, il a dit oui puis non, j'ai avancé l'acompte, ils m'ont arrangée et du coup ils ont accepté Tessah ». « Moi j'ai pris du recul par rapport à ça. Au début, j'avais des crises d'angoisse, être dans la même pièce que lui, ça me faisait stresser mais j'ai pris du recul, j'y arrive. Mais quand même, ça me fait comme une bouffée de chaleur. Ce que je demande, c'est que l'espace-rencontre soit renouvelé, une fois par mois... Pour le moment, ça ne s'est jamais produit. Il pourrait voir Tessah en présence de mes parents? Oui, elle serait rassurée. Ce que je veux, c'est qu'elle soit en sécurité et protégée. Après 12/13 ans, elle fera comme elle voudra. Avant, elle était perdue. Il y a eu le problème du week-end de l'Ascension, il n'est jamais venu. Ce que je veux, c'est qu'elle ait un équilibre. L'année dernière, ça a été compliqué. Ah oui, j'ai vu ses notes et j'ai pris conscience de la gravité. Cette année, elle redouble son CE1. Ma mère l'a aidée. Elle a des meilleures notes en maths. Là, les notes se sont améliorées. Les devoirs vont vite; hier, on a fait les devoirs, elle a fait tout, toute seule. Il n'y a plus de pipi, elle a des copines. L'année dernière, elle ne jouait plus avec ses copines. Maintenant elle rejoue et elle s'ouvre aux autres. Tessah est contente d'aller chez mes parents, il y a des cousins, des petites amies. C'est vers Issoire, près de Vic-le-Comte ». « Monsieur, devant mes parents, il a un peu peur, il sait qu'ils ne se laissent pas faire et qu'ils sont là pour protéger Tessah. Moi? je peux être autoritaire, je travaille par rapport à ça mais je suis aussi un peu timide mais pas trop. Je suis calme, je suis posée, j'analyse les situations, je suis toujours à l'écoute. Si la communication est constructive, je peux faire des efforts. Sinon, ça peut être un peu sec. Je ne parle pas trop de mon histoire, j'avais quatre ans. J'ai toujours vécu en France, j'ai toujours été dans une famille bienveillante et aimante. J'ai accepté la situation. Moi, je voulais arranger la situation. Quand on est amoureux, alors, on est dans le déni. J'étais dans le déni. Quand il a levé la main, j'ai pris conscience. Pourquoi j'ai accepté cette souffrance de vouloir accepter de rester avec lui? Je ne sais pas. J'étais amoureuse, j'ai accepté. Après, j'ai compris que j'ai bien fait de partir, c'est une relation toxique. La gifle m'a un peu sauvée. S'il n'y avait pas eu la gifle, Tessa aurait été dans une relation conflictuelle. Je veux qu'elle soit protégée, je ne dis pas qu'elle ne doit pas voir son père ». Monsieur Lopete Monsieur est carrossier, il « a 26 ans ». La psychologue a cru poser une question banale mais interrogé sur son âge, Monsieur Lopete se défend. « Mes parents, ils vivent en France »; « j'ai 26 ans. Pour mon âge, je peux l'appeler ma mère, je peux même l'appeler, même tout de suite. Elle pourra vous dire mon âge. En gros, j'ai essayé de mettre en relation sur Facebook. On a même jamais parlé de l'âge, on s'est vus, on s'est plu, elle a toujours su que j'étais au lycée, elle me voyait rentrer des cours, il n'y a pas de problème sur mon âge, je l'ai entendue à plusieurs reprises. Je suis arrivé en France avec ma maman, j'avais 14 ans. Ma maman était enceinte, on m'a mis en seconde. Après, j'étais en foyer, je voyais que ma maman elle s'en sortait pas, je me suis à travailler dans la carrosserie. J'ai fait un CAP et un bac pro de carrossier à 18 ans. Après j'ai eu ma fille Tessah, juste au moment où j'ai eu mon bac. Ma maman est arrivée en France, enceinte, on était que tous les deux. Mon papa je l'ai pas trop connu. J'ai été élevé par mon beau-père, là il était en Espagne. Plus tard, il nous a rejoints. Non, on a pas le même papa. Tous les autres enfants ont le même papa. J'ai un petit frère qui a neuf ans, une petite sœur qui a 11 ans. Lui, il est camerounais. Par rapport à Tessah, une fois que j'ai eu mon diplôme, il fallait que je rentre dans la vie sociale, je devais trouver une activité. Ça se passait bien. Avec Madame, on a eu notre routine, on profitait, on se promenait, on allait en boîte. Après, avec l'enfant, ça a changé. Une fois quand on a eu l'appartement, la petite, c'était beaucoup de responsabilités. On avait beaucoup moins le temps d'en profiter. Je n'avais pas de titre de séjour, je ne voyais pas de long terme, pas de stabilité. On a commencé les problèmes, niveau finances. Madame, elle parlait à d'autres hommes. J'ai regardé son téléphone, j'ai posé des questions. J'ai eu un coup de colère et je lui ai donné une gifle. Moi, je faisais confiance. Ça a commencé. Je ne lui ai plus porté assez d'attention. Peutêtre qu'elle voyait d'autres hommes. Il y avait des rumeurs. C'était tellement flou. Moi, je partais travailler. Après que des problèmes, que des problèmes, que des problèmes! Elle voulait l'autorité parentale. Ma maman elle m'a dit "viens chez moi, laisse passer". Ça a mis fin à la maison. On vivait ensemble dans un appartement et ça m'a ressorti tout. On oubliait tous les bons côtés, on voyait que tous les mauvais côtés. Jamais je n'ai plus cherché. Moi, je l'aimais toujours cette femme, j'avais toujours des stops. Je me suis dit que l'essentiel, c'était ma fille. Tout se passait bien jusqu'à ce que j'ai eu ma deuxième fille. Encore des problèmes avec la mère de ma deuxième fille. Je ne peux pas voir sur le long terme. Je lui demandais pas de comprendre, juste essayer de faire en sorte que Tessah ne voit pas qu'on n'est plus ensemble. J'étais prêt à aller voir un médiateur, des assistants sociaux. C'est la troisième fois que je viens au tribunal devant le juge de famille. Il faut payer les avocats. Ma compagne ne supportait pas. On dit que Tessah mange sur le lit, qu'elle va au parc toute seule mais ce n'était pas vrai. Elle disait qu'on profite de la CAF. Ma nouvelle compagne ne supportait pas. On a essayé de lui faire comprendre qu'on veut lui donner le meilleur. Ça n'a jamais marché. Vu que j'ai pas de boulot stable, ça a cassé avec ma nouvelle compagne, mais on a gardé de bonnes relations. C'est ma situation qui fait que rien n'est stable. Au juge des affaires familiales, elle va expliquer que j'étais en retard à la kermesse. Avec la mère de ma deuxième fille, on a mis fin à la relation. Vu que Madame Muetton avait rapporté au juge des familles. Après, ça s'est calmé, mais vu que c'était déjà ramené au juge des familles, il fallait qu'elle continue. Il fallait juste respecter le jugement. Il y a plein de discours faux. Des vols dans les magasins, l'alcool à ma fille. Il y a eu des plaintes, je lui dis, "je n'ai rien fait. Tu vas finir en enfer en disant ça ". Là au jour d'aujourd'hui je ne peux plus voir ma fille. Elle m'a proposé que si, en présence de quelqu'un. On ne m'a pas informé. Pendant six mois, je n'ai pas vu ma fille. C'est tellement confus. Ma fille j'ai pas envie d'être problématique pour elle. Même j'ai toujours fait la pension alimentaire. Pour mes enfants avant ma situation, si j'aurais pu donner plus, je l'aurais fait. On me dit que je délire. Mine de rien, je ne mens pas. Tessah a réagi positivement. Pas de retour négatif. L'éducatrice, elle le voit, elle me protège. Ce n'est pas qu'elle est dans mon camp. Elle a compris que je voulais être là pour mon enfant. Tout ce que je demande, c'est que Tessah soit bien, que je puisse la voir comme ça, juste ça. Si je demande même un truc qui soit bien pour l'enfant, la mère me dit que je la stigmatise, que je la stressais. Je veux que Tessah soit heureuse, qu'elle travaille bien à l'école. Vu que ma situation n'est pas encore stable, si on met une visite en place, vu la situation... Je sais qu'en grandissant, je sais que ça va changer. Je veux juste voir ma fille, qu'on soit une famille elle et moi. Je suis prêt à tout prendre mais pas un truc qui va me mettre plus dans la merde. Eux, ils vont dire qu'ils les ont bien élevé leurs filles. S'ils avaient été des gens bien, ils ne se seraient pas acharnés. J'aimerais que ce soit quelqu'un d'autre, je voudrais que ça soit quelqu'un de neutre pour voir ma fille. Vous n'avez pas encore parlé avec Tessah. Les grands-parents, ils ont déjà choisi leur camp. Ma maman... Les grands-parents n'ont pas pensé à Tessah. Pour moi, ce n'est pas une bonne chose. Pour moi je ne peux pas, je sais comment ça va se passer. Je sais que sa maman me dit que c'est moi le drogué. J'ai un boulot même sans papier. Ma maman, elle-même, on l'a insultée, dit que mes petits frères... Moi je suis dépassé. Je travaille actuellement. Je n'arrive pas à avoir des papiers. Justement parce que j'ai des plaintes à répétition par Madame. À part la conduite, j'ai pas eu de problème. Pas de problème au boulot. Depuis que je l'ai quitté cette fille, je ne veux plus de problème. Je veux juste être tranquille avec ma fille. Madame Muetton et moi on est majeurs. On suivait le jugement. Elle veut faire rentrer ses parents. J'ai pas envie; dès que je vais dire non, c'est juste pour m'enfoncer. Il y a huit ans derrière. S'il veulent faire un truc à l'amiable, juste parler on a jamais fait. Une fois qu'elle a tout gâché, elle veut refaire le lien. C'est à moi de créer le lien. Je vis chez ma mère. Ma compagne habite à une minute de chez moi, elle est secrétaire dans une banque. Ma deuxième fille est chez elle. On aime me faire passer pour un délinquant. Parce que je n'ai pas de titre de séjour. J'ai organisé tous les anniversaires de ma fille. On vient me remettre les cadeaux que j'ai faits, les habits, on me dit que je n'ai rien acheté. Quand j'étais jeune, on profitait. En soirée, ça arrivait de danser avec ma copine, je buvais. Je fumais à l'époque du cannabis. Une fois quand j'étais jeune, j'ai eu une conduite sans permis, j'étais arrêté, je repasse le permis le 2 février. On m'a retiré le permis, suite à un contrôle où j'étais positif ». « J'avais 14 ans quand je suis arrivé en France, je viens du Cameroun. J'habitais avec ma grand-mère, j'étais dans une école, toute mon éducation dans un internat catholique au Cameroun jusqu'en troisième au moment du brevet. Ma mère était déjà en Espagne. J'étais encore petit; après, je suis allé en Espagne. Je ne parlais pas la langue. Ma mère était là depuis cinq ans. Je n'ai jamais connu mon père. Tout mon parcours, c'est que des galères! Grâce au bon Dieu ça me rend plus fort. Je lui parlais au téléphone, j'avais des appels vidéo avec elle. Elle était partie pour nous rendre la vie meilleure. Avec mon beau-père, ils se connaissaient déjà au Cameroun. J'ai plein de photos pour vous montrer que ma fille et moi ça va, elle et mon petit frère quand je travaille. Je l'avais qu'un week-end sur deux et certaines semaines, soit je la mettais en centre aéré soit je payais quelqu'un de ma famille. Comme titre de séjour absent, je leur ai expliqué comment prendre soin de l'enfant, j'ai des photos d'elle avec ma petite sœur. Tessah n'a jamais été seule quand elle vient chez moi. On a toujours été bien tous les deux. Il n'y a jamais eu de problème avec ma fille. Les grands-parents, c'est par rapport à ce qui s'est déjà passé. Je les respecte mais eux, il y a leur fille. Pour Tessah, il fallait payer 400 € pour que Tessah parte dans un centre. J'ai juste demandé le papier. Tout est déformé, j'ai senti... Elle m'a dit, Tessah a dit que vous lui donniez de la bière. Son jugement est basé sur des mensonges. Je lâche rien par rapport à la petite. Je suis toujours là. Je ne demande rien. Je veux voir ma fille. Je paye la pension alimentaire. Je voudrais juste voir ma fille. Ce qu'on m'accuse... les gens... ». « Je suis du Cameroun, j'ai vécu à Douala. J'étais à l'internat catholique, je partais voir ma grand-mère les week-ends et les vacances. C'était déjà la routine. J'y étais depuis que j'étais tout petit. J'y allais régulièrement en centre de loisirs pendant les vacances. Avec cet internat catholique. Même avec le catéchisme. À l'internat, il y avait aussi le primaire et la maternelle. Il y avait des trucs en place pendant les vacances. L'internat c'était à partir de 10 ans en sixième. Ma mère était en Espagne. J'avais à peu près 10 ans. Je me rappelle de l'histoire mais je ne peux pas être très précis. J'étais un petit garçon ni heureux ni malheureux. J'aurais bien aimé que mes parents soient là. Elle m'a eu vers 22 ans. Elle était couturière. En Espagne, elle a été cuisinière, elle a fait plein de choses, aide à la personne, nounou. Mon beau-père était peintre industriel en entreprise; là où je travaille maintenant grâce à lui. J'ai déjà eu ma carte de séjour. Il faut dépenser toujours beaucoup d'argent, les avocats, le timbre, les récépissés, les recommandés. J'ai une carte provisoire pluriannuelle de deux ans. La prochaine, ça devrait être pour 10 ans. Si j'avais ma carte de séjour, je ne serai pas là. Il y a longtemps que j'aurais monté une structure plus stable. Madame a envoyé une lettre à la préfecture. Le bien-être de Tessah doit passer par Madame et moi. On devrait être des amis. Moi je ne vais pas fouiller dans la vie de ses amis. On devrait pas se faire du mal. Quand elle raconte tout ce qu'elle dit, elle fait du mal à notre petite fille. La routine, c'est des problèmes, des problèmes, des problèmes, des problèmes. Je sais que ce n'est pas facile pour elle. Élever un enfant pour elle, heureusement qu'elle a ses parents. Ils la soutiennent un peu trop. Ils mettent que du conflit. Sa maman, tout ce qu'elle demande par rapport à l'enfant, j'essaie de faire tout ce qu'elle me demande. Il faut écouter l'enfant. Tessah, elle a huit ans, il faut lui demander tranquillement. Une enfant de huit ans, elle dit des choses parce qu'elle vit avec sa maman. Je connais ma fille, elle ne me déteste pas. Ce sont les conflits. Avec ma deuxième fille, ça se passe bien. Les deux enfants, elles se connaissent très bien. Mais je la vois tout le temps. Avec ma deuxième compagne, on a un bon terrain d'entente. La voir cet après-midi me fera énormément plaisir! ». Tessah Thessa ne paraît pas très timide, elle est assez volubile et ne paraît pas très angoissée par l'entretien. Elle commence d'emblée par dire « oh ils sont beaux ces sièges ». Tessa a « huit ans; et je suis en CE1. Mayse, c'est une demi-sœur parce que on a le même père, mais pas la même mère. J'ai redoublé. Je ne sais pas trop pourquoi. Les maths, c'était dur pour moi et aussi le français. Maintenant je connais les maths et aussi le français. Personne ne m'aide. Oui, j'ai beaucoup de copines. Je peux pas toutes les dire parce que j'en ai tellement. Non, je ne sais pas trop pourquoi je suis là... Ben parce qu'il faut parler de mon père. Ben, il m'a déjà menti, il a volé, il m'a fait boire de l'alcool. Il m'a menacée. Je ne veux plus dormir chez lui, il m'a déjà fait regarder des films d'horreur ». « -Tu peux m'expliquer ce dont tu te souviens? ». « -Il m'a déjà menti, il a dit que maman avait volé son appartement, volé sa voiture, volé ses clés de voiture. Maman n'a rien fait. Il a dit "papa ne va plus voler" mais il a encore volé. Il dit que maman ne regarde que sur son téléphone. Oui je l'ai déjà vu voler. Quand j'étais petite, je voulais trop des bonbons. Il ne pouvait pas m'en acheter. Mais je voulais trop des bonbons. Il y avait une tablette de chocolat de Dubaï, je l'ai vue. À la caisse, j'ai vu qu'il l'avait volée. En fait, à la maison de grand-mère, j'étais assise sur ses genoux, il m'a fait boire de l'alcool ». « -Tu veux dire qu'il t'a fait juste goutté une petite goutte? ». « -Je ne me souviens plus si c'était une goutte ou pas. Quand il m'a fait regarder les films d'horreur, il voulait en fait... je me rappelle du début. On était dimanche, il m'a fait regarder le film d'horreur. Après je n'arrivais plus à dormir. Quand il me menace si je n'arrive pas le quiz, il a dit qu'il nous taperait avec une cuillère en bois ou une ceinture ou des écouteurs. Ça c'était quand il habitait chez sa maman. Il avait un appartement. Il a perdu son appartement, il est retourné chez sa mère. Quand je suis retournée avec papa, il était chez grand-mère, mais non il m'avait dit qu'il avait perdu son appartement. Mais maintenant, maman elle a le numéro de Marie [la seconde compagne de Monsieur Lopete], la maman de Mayse, et comme ça je peux l'appeler, elle est très gentille. Marie elle est très gentille. Par contre un jour, Pharrell et Asma, bah un jour ils ont accusé la petite sœur d'avoir fait un trou dans le truc du mur; mais en fait c'est eux qui l'avaient fait. Ils se sont fait punir et comme ils voulaient pas faire leur devoirs, ils se sont fait punir aussi. Non ce n'est pas bien qu'ils se fassent punir. J'étais un peu déçue; c'est pas bien de se faire punir parce que des fois on pleure, des fois, on est en colère. Bah moi ma mère quand je n'obéis pas, elle me prive de quelque chose. Ce n'est presque jamais et des fois, ils nous disent d'aller dans notre chambre ». « La maman de mon papa, je veux bien la voir, je veux bien voir grand-père et grand-mère et mon tonton et ma tata, mais je ne veux pas voir mon père. Pharrell, il est plus grand que moi. Il a le même âge, il a huit ans mais il est né avant moi. Les grands-parents, ils sont très gentils. Si tu les vois quand papa il est là, il ne fait rien. Quand grand-mère est là, c'est elle qui décide; quand grand-mère et grand-père sont pas là c'est papa qui décide. Quand quelqu'un est là, quand je suis pas toute seule avec lui, oui je veux bien le voir. Parce que je me sens en sécurité. Papy et mamie, les papa et maman de maman, ils sont très gentils, je les adore. Les oncles et tantes eux aussi, ils sont très gentils. Les cousins aussi ils sont très gentils. En plus Danaé elle m'adore et Piu il m'adore. Ses cousins là, ils m'adorent, dorent, dorent, dorent. Il y en a d'autres que je vois pas souvent ». « Je me rappelle de moments drôles. Un jour quand j'ai mis mon dentifrice, j'en ai mis partout sur mon visage. Une autre fois quand j'avais six ans, pareil avec de la clémentine ou de l'orange, je sais plus, j'en ai mis partout sur mon visage. Quand j'avais sept ans, j'ai revenu chez mon père, je trouve qu'il avait changé un peu. Grâce à maman. J'aimais pas le quiz. Et papa alors, il a arrêté le quiz. Maman elle m'a aidée. Oui, il répare les voitures comme son père. Papy est à la retraite, mamie avant, elle faisait maîtresse. Maintenant elle apprend les prisonniers à lire. Moi mon école, c'est Massillon. En fait elle faisait maîtresse de maths dans mon école. Maman aussi, elle a fait beaucoup de travail. Mais là pour l'instant, on a dû lui couper les deux jambes. On a enlevé son os. Et on lui a mis quelque chose pour qu'elle marche mieux. Quand elle est ressortie de l'hôpital, elle portait des béquilles. Je pense que des fois, elle a eu mal. Maintenant elle a arrêté de porter des béquilles. Des fois, ma mère, elle pleure car la tête lui fait mal. Et des fois c'est son dos ». La psychologue invite Tessah à faire un dessin. « -Quel dessin? ». « -Je te propose que tu me dessines une maison ». Tessah prend beaucoup de temps pour choisir les couleurs. Elle met du orange, du bleu dans la maison. La maison est très colorée. L'ensemble, posé sur une base, est harmonieux et équilibré. Tessah a rajouté à droite, un arbre coloré lui aussi et une piscine à gauche. Il y a des fenêtres et une porte, ouvertures qui confirment l'extraversion de Tessah et son affectivité. On remarque juste les traits très appuyés des couleurs qui pourraient presque "barricader" l'ensemble. Faut-il y voir des signes d'agressivité ou d'inquiétude? Quand Tessah a fini de dessiner sa maison, elle explique que les grands-parents (côté papa) « n'ont pas de piscine, ils habitent en appartement ». Mais « papy et mamie, les parents de maman eux, oui ils ont une piscine et elle est cool ». Tessah a pris le soin d'écrire à gauche de la maison, « la ville bizarre ». La psychologue interroge : « –pourquoi la ville bizarre? ». « –Parce que le tronc d'arbre, il est orange. Parce que l'oiseau je ne l'ai pas fait; normalement, l'oiseau... Je l'ai pas fait parce que je n'y arrive pas. Et normalement, l'oiseau il est rose. J'ai plein d'autres choses bizarres que je n'ai pas pu dessiner parce que je n'arrive pas à dessiner ». En fait, Tessah n'a pas essayé. « -Tu serais d'accord pour me faire un autre dessin? ». Tessah est tout à fait d'accord. « -Tu veux dessiner une famille? ». Autant Tessah a pris du temps pour faire la maison, autant elle dessine la famille extrêmement rapidement, « –je commence par elle ». Et elle parle... « Moi j'aime bien jouer avec les poupées lol et aussi les Barbies. Les poupées lol, elles ont des gros yeux, on peut jouer avec elles mais elles sont ultra chères 100 €. Une petite 60 €, une grande 100 €, une moyenne 70 €. Ça coûte très cher et pour une maman lol, ça coûte 200 €. Je pense que ça coûte très cher et moi dans les vacances je veux faire de la danse». Les personnages ne sont que des silhouettes minuscules, faites de bâtons. Il n'y a pas de main, pas de pied, pas de corps. Seule la chevelure permet d'assurer que l'identité sexuée est bien intériorisée. Trois grandes personnes , la « maman » plus petite que le « grand frère », lui même un tout petit peu plus que le « père ». Tessah ne dit pas "papa". Trois enfants entre les parents, le « je commence par elle » est le premier personnage à gauche. Tessah ne précise pas que c'est elle, mais celle-ci est minuscule. De toute façon, c'est une famille un peu distanciée, il y a "LA" maman, "LE" papa, "LE" grand frère... jamais "mon", "ma". L'ensemble occupe plutôt la partie gauche de la feuille, évoquant éventuellement une nostalgie du passé ou une certaine insécurité. Si Tessah n'a certainement pas passé plus d'une minute sur ce deuxième dessin, elle s'exprime longuement dessus. Et comme pour la maison, elle ajoute des détails inattendus, surprenants et évocateurs. [De gauche à droite], « Elle, c'est la plus petite, elle s'appelle Zoé, comme la poupée [peut-être la sienne]. La deuxième, c'est la maman. Elle s'appelle Samantha, c'est moi qui ai inventé ce nom. Là, c'est une toute petite fille, elle s'appelle Guilia, j'ai une amie qui s'appelle comme ça, c'est un joli nom. Lui, c'est le grand frère, il s'appelle Victor. Lui, c'est le petit, il s'appelle Zacharie, on l'appelle Zac. Lui, enfin, c'est le père, et le père s'appelle Christophe; c'est dans un dessin animé et peut-être dans la vraie vie ». « Ah oui, la mère, j'ai oublié de faire son ventre. Elle est enceinte. Ils ont découvert que le bébé, c'est une fille, elle s'appelle Ava. [prénom qui ressemble assez à celui de sa mère] ». Il est impossible d'analyser ce dernier détail qui peut être très lié à un contexte familial ou amical. On peut toutefois y noter un léger paradoxe. Les personnages sont à peine esquissés, comme si chaque membre n'avait pas de poids. Au contraire, la famille au sens large, sur laquelle elle verbalise beaucoup, semble très importante à ses yeux, et une famille appelée à s'agrandir. Tessah et son papa Quand Monsieur Lopete arrive, Tessah lui fait un petit signe de la main, furtif. Son père la caresse beaucoup, tout au long de l'entretien. Elle est un peu gênée, elle dit qu'elle « a de bonnes notes à l'école ». Son papa: « - tu vois Jeanne? ». « -Oui ». Monsieur Lopete la touche près de l'oreille, sans remarquer qu'elle reste un petit peu gênée. Il lui offre des cadeaux, elle remercie beaucoup et n'oubliera pas de le refaire en fin d'entretien. « -Tu es contente de voir ton papa? ». La réponse est timide, très discrète. La psychologue: « -il y a deux petites choses dont il faut parler avec ton papa, tu es d'accord? ». Tessah: « - non ». « - Pourquoi ne pas en parler Tessah? ». « -Parce que je ne veux pas parler, j'ai peur ». Monsieur lui dit « -tu peux tout me dire. Pourquoi tu ne veux pas? Pourquoi, tu as peur? ». Devant le silence de Tessah, il change de sujet. « - Où est ton doudou? ». « -À la maison ». Tessah se met à parler beaucoup. Comme pour occuper le terrain et éviter d'aborder d'autres sujets. Elle parle de sa poupée, elle décrit tous les vêtements avec beaucoup de détails. « À Noël, on est allés au bateau Costa, on a visité l'Italie ». Monsieur Lepote la caresse beaucoup. Tessah continue à parler. « On a visité Pompéi. Après, je me souviens plus trop. Dans le bateau, il y avait des magasins de Légami et j'ai une nouvelle poupée... On est partis avec les grands-parents, avec maman et un seul cousin Arthur ». Papa: « -il va bien Arthur? ». Tessah: « -j'ai un cahier bonhomme de neige ». La conversation est aisée, Tessah semble à l'aise, mais il est évident qu'elle parle beaucoup pour esquiver les questions gênantes. « Après j'ai refait un doudou.. Je veux bien voir grandpère et Pharrell ». Papa: « -eux aussi, ils ont bien envie de te voir ». Tessah: « –ça, ça s'est cassé. J'ai eu une excellente idée, j'ai mis... ». Monsieur: « –tu as envie de voir ton papa?. Tessah: « –bah oui, j'ai envie ». La psychologue: « –tout à l'heure, tu m'as dit que tu n'avais pas tellement envie ». «–Parce que j'avais peur... s'il me faisait quelque chose». Son papa la rassure. La psychologue dit: « -tu m'as expliqué pourquoi tu n'avais pas envie; tu m'as dit des choses sur ton papa. Il est important que je comprenne un peu mieux ». «–Papa, il a volé. Oui, je l'ai vu. ». Son papa «–voler avec ma fille! ». «–Quand j'étais petite, je m'en souviens, c'était une sucette... Mais peut-être que je me suis trompée. ». « -J'ai fait quoi? ». « -Mais peut-être que je me suis trompée. Sur la tablette... mais peut-être que je me suis trompée. Je pense qu'il a volé ou peut-être juste une fois ou je pense qu'il n'a pas volé. Avant quand j'étais petite, il me faisait un peu peur.» Tessah revient néanmoins sur les "agissements" de son papa, toujours assortis d'un « je me suis peut-être trompée, peut-être qu'il n'a pas volé ». La psychologue n'insiste pas et explique à Tessah que parfois, effectivement, on ne se souvient pas bien, et que parfois des gens font des choses qui ne sont pas bien mais qu'ils peuvent changer et ne pas recommencer. La psychologue n'est pas là pour juger papa ou maman mais pour la comprendre elle, comprendre pourquoi elle a peur et trouver comment on peut "enlever" cette peur. Monsieur Lopete intervient et s'adresse à la psychologue: « -le quiz, c'était pour les occuper avec mes petits frères. Je les connais bien, il faut les faire travailler, je sais comment ils répondent, j'attends beaucoup de mes petits frères, je vais me fâcher s'ils ne connaissent pas. Tout ce qui est éducation, les devoirs, c'est moi qui m'occupe de mes petits frères. Des fois ils ne sont pas concentrés. J'utilise un ton un peu cru, mais comme elle, je ne l'avais pas tout le temps, du coup, je lui disais... Je disais que je vais te fouetter, mais je ne l'ai jamais fait, c'est une façon... ».«–Pour le quiz, j'avais un peu peur. Pour le travail aussi. ». Monsieur : «–pour le travail scolaire, il fallait le soutien de la mère. La mère me disait que j'étais nul à l'école. Je ne ferai plus le travail, je parlerai de l'école. Je surveillerai. Mes petits frères eux, je peux les pousser car on est au quotidien ensemble. Pour elle, de voir ses parents qui criaient, ce n'était pas facile pour elle. ». «–Oui, je me rappelle un jour... ». « Quand je la déposais, ou je la récupérais. Tout ce que c'est, j'ai fait au mieux pour son bienêtre. Si je peux continuer à la voir tranquillement... mais il y a que le négatif qui ressort. Il y a beaucoup de choses depuis que c'est fini avec Madame, ils voulaient me retirer l'autorité parentale » Personnalité de Madame Muetton COPIE Madame Muetton a traversé une enfance marquée d'expériences malheureuses et heureuses: un "abandon" pour "son bien", un sacrifice certainement d'une maman qui se savait condamnée; une famille adoptive bienveillante et aimante qui a participé à restaurer un équilibre affectif. Elle a pu mesurer sa "chance" en allant voir sa famille et son pays d'origine. Elle « accepte » sa situation, elle « acceptait » que Monsieur Lopete soit peu présent. "L'acceptation" n'est pas une fin en soi mais un mécanisme de défense adapté pour éviter la détresse émotionnelle. En l'occurrence, cette acceptation ne lui fait pas nier les tragédies rencontrées, Madame Muetton a une conscience aiguë de son histoire, mais à travers le récit que lui en a fait sa famille adoptive, « ils m'ont dit que je m'étais adaptée très vite, j'avais une bonne intégration, j'étais une petite fille très sociable, j'allais vite vers les autres ». D'une part, on sait qu'un petit qui va "trop" facilement vers les autres peut n'avoir connu qu'un attachement insécure, ce qui serait peu étonnant si la maman biologique savait qu'elle allait mourir. D'autre part, la famille qui l'accueillait n'a peut-être pas vu ou pas voulu voir la souffrance de la séparation, ou a jugé tout simplement inutile de le lui rappeler. "Accepter", c'est éviter toute tentative inutile pour modifier sa vie, c'est améliorer la capacité à faire face de manière adaptative. "L'acceptation" favorise des relations interpersonnelles saines, faites de tolérance et compréhension. Cela peut expliquer que Madame Muetton se décrive comme calme. Le risque, pourtant, est de ne finalement plus voir ou de ne plus croire que l'on a connu la souffrance. Ce qu'elle comprend aujourd'hui du choix de sa maman biologique de la faire adopter pour son bien, il est peu probable qu'à 4 ans, Madame Muetton ne l'ait pas vécu comme un abandon. D'ailleurs, elle décrit des angoisses d'abandon alors qu'elle était enfant, « ado quand ma mère avait 10 minutes ou une demi-heure de retard, je paniquais ». Cette acceptation peut expliquer que Madame Muetton a « accepté » le comportement de Monsieur Lopete dans les premières années de leur rencontre, « pourquoi j'ai accepté cette souffrance de vouloir accepter de rester avec lui? Je ne sais pas ». « Elle n'était pas prête », car à ses yeux, rupture signifiait abandon. Ce premier abandon, qui a existé à ses yeux d'enfant, aurait pu faire de Madame Muetton une personnalité-limite. Elle en a quelques traits, la proximité avec sa mère, « on est très complices », « on est très proches », proximité dont s'est amusé son père et qui agace Monsieur Lopete. Proximité qui apparaît "fragilité" aux yeux de Tessah, « des fois, ma mère, elle pleure », et se sent "obligée" de la défendre. La réalité est que cette famille a progressivement reconstruit par sa bienveillance et son amour la sécurité affective de Madame Muetton. Alors, elle peut dire de son père, « je sais qu'il sera toujours là le premier, je peux compter sur lui », et « ma mère m'a toujours dit que "on est là si t'as besoin". Madame Muetton a confiance dans l'amour des autres. Elle sait pouvoir compter sur ses proches. Il est possible qu'elle soit un peu trop "dépendante" mais son histoire personnelle est un réel exemple de résilience pour sa fille Tessah. Personnalité de Monsieur Lopete L'enfance et l'adolescence de Monsieur Lopete ont été jalonnées de d'absences et ruptures précoces. L'absence initiale d'un père, « je n'ai jamais connu mon père », a créé une peur de la séparation voire des angoisses d'abandon réactivées par le départ de sa mère « ma mère était déjà en Espagne. J'étais encore petit ». Des vacances et une scolarité en internat, en lieu et place de famille. La grand-mère est le repère affectif. Puis s'en sont suivies différentes ruptures, départ en Espagne dont il ne comprend pas la langue, « après, je suis allé en Espagne. Je ne parlais pas la langue » et finalement en France « après, j'étais en foyer ». Une jeunesse chaotique qui n'a pu que déclencher du stress « tout mon parcours, c'est que des galères! », susciter la tristesse et un sentiment de profonde instabilité, très ancré aujourd'hui, « rien n'est stable », « ma situation n'est pas encore stable », « j'aurais monté une structure plus stable ». Le « j'étais un petit garçon ni heureux ni malheureux », semble indiquer que très tôt, il a éprouvé une difficulté à identifier, différencier et exprimer les émotions, ce qui révèle une réponse défensive précoce à des événements traumatisants. Pour lutter contre une dépression sous-jacente et faire face au stress « des problèmes, des problèmes, des problèmes », « je suis dépassé », « on veut m'enfoncer », le recours aux stimulants extérieurs, alcool, drogues a pu sembler nécessaire. Sa faible capacité d'introspection, due à un évitement émotionnel, induit une difficulté à reconnaître les émotions des autres. Il ne peut ni évaluer la solitude de Madame Muetton lors de sa grossesse, « j'étais seule » ni l'anxiété de sa fille, « il a minimisé la situation », « il ne se rend pas compte que ça a un impact sur Tessah ». Cependant, il a conscience de la difficulté pour une femme seule, à élever un enfant, « je sais que ce n'est pas facile pour elle. Élever un enfant pour elle », car il se rappelle la détresse éprouvée par sa mère « je voyais que ma maman, elle s'en sortait pas ». Il est possible qu'il ait dû assumer à son égard un rôle de protecteur, inversion de rôle renforçant alors son stress et son angoisse. La vie de Monsieur Lopete a été marquée par une absence de sécurité affective, et une profonde instabilité, toujours réactivée par l'absence de sa « carte de séjour », « si je l'avais, je ne serai pas là », « je n'arrive pas à avoir des papiers ». L'instabilité de l'image de soi lui fait craindre un avenir incertain et chancelant, le maintient dans un qui-vive déstabilisant. Le manque de protection affective, les ruptures successives effectives ont entraîné un sentiment d'absence de contrôle, une difficulté à gérer « la routine, c'est des problèmes, des problèmes, des problèmes, des problèmes », laissant deviner des traits de personnalité limite. Contrairement à Madame Muetton, il n'a pas bénéficié de soutien qui aurait pu être facteur de résilience qui favorise l'adaptation et permet de faire face. Certes son beau-père l'aide à trouver du travail mais c'est lui qui gère la scolarité de ses jeunes frères et sœurs. Il y met une certaine violence dont il ne mesure pas l'impact, peut-être à l'image de ce qu'il a connu enfant à l'école, ou à cause de l'angoisse de leur possible échec, qui répèterait le sien. « Il menace », « il a dit qu'il nous taperait avec une cuillère en bois ou une ceinture ou des écouteurs », même s'il s'en défend « je vais te fouetter, mais je ne l'ai jamais fait ». Il y a peut-être aussi un désir de leur inculquer un certain contrôle pour leur futur, lui qui contrôle si peu sa propre vie. La souffrance toujours présente chez Monsieur Lopete lui fait éprouver un sentiment de colère et d'injustice, d'instabilité qui obère sa capacité à se mettre à la place de l'autre. Il aime sa fille Tessah mais ne mesure ce qu'il a pu lui faire vivre. Personnalité de Tessah : Au premier abord, Tessah est avenante, extravertie et sociable. Elle s'exprime bien, peut-être un peu trop. Son manque de "retenue" plutôt qu'un débordement verbal est destiné à contourner, éviter, contrôler. Et pourtant, ce sont tous les détails non demandés de ses dessins qui aident à la cerner ou qui, tout au moins, montrent qu'il y a plein de choses « bizarres » qu'elle ne comprend pas bien et qu'elle ne maîtrise pas. L'exemple en est surtout le récit des deux jambes coupées de sa maman où le tragique « on a dû lui couper les deux jambes », côtoie le banal « maintenant elle a arrêté de porter des béquilles ». Il y a une certaine immaturité mais la perception inexacte ou approximative de la réalité reflète certainement une angoisse diffuse et floue. Elle a sans doute besoin d'étayer, par des faits tangibles, les émotions oppressantes qui l'habitent. C'est ce qui fait la différence entre la peur (avec objet) et l'angoisse, qui est d'autant plus insupportable qu'elle n'a pas d'objet. Cela peut expliquer ce que Tessah raconte avoir vu à propos de son papa. Il est impossible de connaître l'exactitude des faits, même si l'on peut supposer que l'origine de ses peurs a une source à ses yeux, mais en l'occurence il faut comprendre ce qu'elle ressent. Car la peur de Tessah en présence de son père peut s'expliquer de différentes manières. Elle peut vraiment se rappeler de faits qui, à l'époque lui ont fait peur; parce qu'elle savait déjà que voler ne se faisait pas mais aussi parce que son papa risquait d'être pris sur le fait. Les faits peuvent ne pas avoir existé, ou ne s'être produits qu'une fois mais quelque soit le bien-fondé de son récit, Tessah se sent de toute façon, un peu coupable ou honteuse d'accusations qui nuisent à son papa. Elle le sait et c'est insupportable pour elle. Alors, elle ne sait plus bien la réalité, « peut-être que je me suis trompée » qu'elle répète à de nombreuses reprises. Car soit papa est un "voleur", et elle a raison d'avoir peur, d'autant plus qu'il fait vraiment peur avec ses quiz et le travail scolaire. Soit papa n'a rien fait, et il faut aider Tessah à sortir d'un ressenti culpabilisant, particulièrement aigu quand elle est en sa présence. Ses accusations peuvent aussi être liées à une "mission" dont elle se serait sentie investie, défendre maman, « mais maman, elle, elle a rien fait », maman qu'elle a pu ressentir en danger lors de disputes du couple parental et fragile puisque Madame Muetton a encore "besoin" de sa maman. Le discours de Tessah est un peu "débité" comme si elle était partagée entre deux sentiments contradictoires, "je dois le dire", "ce n'est pas bien que je le dise". Que ses propos soient vrais ou faux a moins d'importance à ses yeux que le fait que ce soit elle qui en porte la responsabilité. Elle répète alors « peut-être que je me suis trompée », ou "encombre" la conversation pour éviter de se confronter à des émotions antinomiques et dévastatrices,« j'aime papa mais je l'accuse ». Elle déclare alors « vouloir mourir », non pas tant pour mourir que pour sortir de cette impasse émotionnelle absolue. Dans les dessins d'enfants, les rajouts, les détails "non demandés" sont toujours très révélateurs. Or Tessah n'est pas avare de détails, comme si son cerveau débordait d'émotions. La maison symbolise les relations et les valeurs familiales. Apparemment, il n'y a ni monstre, ni méchant. Il y a « une ville bizarre », « le tronc d'arbre, il est orange. Parce que l'oiseau je ne l'ai pas fait; normalement, l'oiseau... Je l'ai pas fait parce que je n'y arrive pas. Et normalement, l'oiseau il est rose. J'ai plein d'autres choses bizarres que je n'ai pas pu dessiner parce que je n'arrive pas à dessiner ». Tessah a plein de choses "bizarres" dans la tête, mais elle décrète qu'elle n'arrive pas à les dessiner. On peut supposer que, dans sa situation actuelle, elle est dépassée, elle ne comprend pas ce qui l'entoure, elle est habitée de questions, d'émotions, d'opinions... qu'elle ne maîtrise pas mais qui l'entravent, l'empêchant même "d'essayer". Le discours sur la famille est aussi abondant que les personnages sont filiformes, faits de bâtons. Si quatre silhouettes ont un sourire, le papa a une bouche ronde, ouverte, en forme d'étonnement ou de colère? Si Tessah se distancie de "LA" famille, elle ne s'y est pas attardée puisque le dessin a été fait en moins d'une minute; paradoxalement, elle révèle par ses explications "foisonnantes", à quel point le groupe familial est important, à ses yeux. Dans un premier temps, lors du dessin, Tessah "contrôle" mais une fois le crayon reposé, les choses « bizarres » apparaissent. Entendons dans le « bizarre », un envahissement d'idées qui la débordent, de questions qui n'ont pas de réponses. La psychologue ne se risque pas à analyser avec certitude la verbalisation des détails non-dessinés, ce discours déconcertant et inattendu sur la « mère », dont Tessah a « oublié le ventre, elle est enceinte; ils ont découvert que le bébé est une fille qui s'appelle Ava ». Ava, ce prénom proche de celui de sa mère, laisse-t-il supposer qu'à ses yeux, maman est encore un peu enfant? Néanmoins, on peut deviner une projection dans le futur, sans doute positive. Tessah est très mal à l'aise quant aux propos qu'elle a tenu sur son papa. Sa verbalisation apparemment anodine n'est pas liée qu'à son extraversion mais lui évite de revenir sur des allégations dévastatrices pour lui mais aussi pour elle. Que les faits soient avérés ou non, elle porte ou croit porter la responsabilité de l'image négative qui entoure son père. Or un enfant n'a pas seulement besoin d'être aimé et d'aimer son parent, il a besoin de l'admirer et que son entourage partage cette admiration. Et pour que l'équilibre psychologique soit harmonieux, il doit pouvoir être fier de ses deux parents. Il est donc essentiel d'aider Tessah à sortir d'un parcours bancal où un parent était à blâmer « papa vole » et l'autre est à défendre « maman n'a rien fait de mal », car Madame Muetton est peut-être encore trop, à ses yeux, l'enfant de sa maman. Il faut donc restaurer l'image que Tessah a de ses deux parents; un papa, qui a eu une enfance difficile mais qui a pu changer; une maman beaucoup plus solide qu'elle ne le pense. Tessah mériterait d'être aidée psychologiquement. Son discours révèle un envahissement émotionnel sans doute ingérable, « bizarre », et angoissant, « Tessah était en pleurs pendant plusieurs jours ». Pour sa propre estime de soi, il faut alléger le sentiment de responsabilité, peut-être de culpabilité, qu'elle ressent et ses proches doivent être en mesure d'y contribuer. Il faudrait qu'elle puisse retrouver une certaine légèreté, qui restaurerait une sécurité affective, fondamentale dans la construction de ses relations interpersonnelles et dans l'estime qu'elle se porte. Conclusion Dans l'après-midi, Madame Muetton et Monsieur Lopete ont été reçus ensemble. L'entretien a été peu productif dans la mesure où l'un et l'autre, pensent que la non-communication entre eux est liée à la rigidité et à la mauvaise volonté de l'autre. Finalement, la discussion porte donc sur les conditions dans lesquelles Tessah pourrait rencontrer son papa. Elle a en effet un peu peur de lui mais elle a exprimé qu'elle serait quand même contente de le voir, si elle avait un sentiment de sécurité. Il s'agit donc de trouver une personne ou des personnes neutres ou des activités qui pourraient faciliter les rencontres père/fille, sans que Tessah n'éprouve la moindre inquiétude. Les grands-parents maternels ont déjà fait savoir qu'ils étaient d'accord pour accompagner Tessah. Madame Muetton est tout à fait favorable à cette solution; en revanche, Monsieur Lopete y est tout à fait hostile. Il est absolument certain que Madame Muetton est trop proche de ses parents, qu'ils ont choisi leur camp, qu'ils n'ont pas de considération pour lui et attisent les reproches que Tessah a à son égard. Il n'est donc pas d'accord et considère qu'à leur âge, ils devraient être capables de se débrouiller sans parent. Effectivement, à l'âge de Madame Muetton et au sien, ils doivent pouvoir mettre leur fille au centre de leurs préoccupations; Monsieur Lopete doit admettre que Tessah a besoin de se sentir en sécurité et qu'elle désire la présence d'une tierce personne. Ils doivent pouvoir se mettre d'accord pour mettre en place des entrevues régulières et sereines, en essayant d'éviter les visites médiatisées dans un lieu administratif, moins chaleureux pour Tessah. La psychologue suggère que grands-parents maternels et grands-parents paternels accompagnent alternativement les rencontres de papa et Tessah. Ils n'ont pas forcément à rester dans la même pièce mais peuvent se contenter de n'être pas loin. On peut aussi imaginer que, de temps en temps, la deuxième compagne de Monsieur Lopete avec laquelle il dit avoir de bons rapports, soit présente ce qui permettrait aux deux demi-sœurs qui s'aiment bien, de se rencontrer. Une activité sportive parents/enfants, avec d'autres participants, telle que le ping-pong, peut être mise en place, une fois par semaine. Monsieur Lopete peut aussi, parfois, inviter sa fille à déjeuner dans une pizzeria ou petit restaurant afin d'échanger pendant une ou deux heures. Dans un premier temps, les échanges doivent être courts, quelques heures ou un après-midi, afin que Tessah n'ait pas le temps de s'angoisser. L'essentiel est que lien affectif ne se rompe pas et que progressivement l'image qu'elle a de son papa s'améliore. Tessah sera un jour à même de choisir la façon dont elle veut rencontrer son papa. L'entretien s'est fini sans solution, mais la psychologue suggère que les quelques semaines à venir, avant la rencontre avec le magistrat, soient mises à profit pour que chaque parent fasse un pas vers l'autre. Choisir un lieu médiatisé peut être une solution mais aux yeux de Tessah, ce serait un échec, qui montrerait l'incapacité de ses parents à trouver un terrain d'entente, laissant penser que l'impasse émotionnelle dans laquelle elle se trouve, n'est que le reflet de celle de ses parents. Or Tessah a besoin avant tout d'être sécurisée. Elle ne doit plus être envahie d'émotions « bizarres », ingérables et contradictoires, sources d'angoisses déstabilisantes et inhibantes, qui sur le long terme, peuvent induire des troubles dépressifs. Tessah doit être entendue dans ses inquiétudes. Monsieur Lopete peut ne pas "comprendre" qu'elle ait « peur » en sa présence, mais les appréhensions de sa fille existent. Il doit concourir à ce qu'elle retrouve un environnement respectueux de ses émotions. Se sentir protégée lui assurera une sécurité affective, qui rétablira une plus grande confiance en lui et un meilleur attachement à son égard. La confiance dans les deux parents est la base de la confiance en autrui et le meilleur tremplin pour l'épanouissement personnel. À l'image de sa maman qui, grâce à un entourage aimant et bienveillant, a fait preuve d'une résilience remarquable, Tessah peut dépasser ses angoisses « bizarres d'aujourd'hui », trouver un é