Bonjour,
Votre interrogation est juridiquement pertinente. Il faut effectivement distinguer la propriété indivise du bien immobilier, le financement de cette acquisition et les créances susceptibles d'exister entre les partenaires.
Le point essentiel est que le fait que vous ayez contracté et remboursé seule un emprunt ne signifie pas nécessairement que la dette doit être supportée définitivement par vous seule dans les comptes de liquidation. Il faut examiner les conditions d'acquisition, la convention de PACS et l'origine des fonds.
Plusieurs éléments du projet notarié méritent donc d'être vérifiés avant toute acceptation.
## 1. Sur le traitement du prêt immobilier et des crédits automobiles
Il faut commencer par rappeler que le régime de l'indivision conventionnelle du PACS ne s'applique pas nécessairement à tous les biens détenus par les partenaires.
L'article 515-5-1 du Code civil prévoit que les biens acquis à compter de l'enregistrement de la convention choisissant le régime de l'indivision sont réputés indivis par moitié.
Or, dans votre situation :
- Vous avez acquis les 50 % de la maison en avril 2018.
- Vous avez conclu votre PACS en septembre 2018.
- Vous avez donc acquis vos droits indivis avant la conclusion du PACS.
Cette chronologie est importante : l'acquisition immobilière relève, en principe, du droit commun de l'indivision et non de la présomption d'indivision prévue par votre convention de PACS.
Par ailleurs, l'article 515-5 du Code civil pose le principe selon lequel chaque partenaire demeure seul tenu de ses dettes personnelles, qu'elles soient nées avant ou pendant le PACS.
Concernant les véhicules, le notaire doit également vérifier qui en est propriétaire et qui est personnellement débiteur des crédits. Il ne suffit pas de faire figurer systématiquement les véhicules à l'actif et les crédits au passif sans examiner leur qualification juridique.
Il faut donc appliquer une méthode cohérente aux différents éléments patrimoniaux.
## 2. Sur la prise en compte du capital restant dû du prêt immobilier
C'est un point particulièrement important.
Vous indiquez que le prêt de 85 000 € a été souscrit personnellement afin de financer le rachat de la moitié de la maison appartenant initialement à votre compagnon.
Il faut distinguer deux choses :
- Votre dette personnelle envers la banque, puisque vous êtes seule emprunteuse.
- Les comptes entre indivisaires, qui doivent tenir compte du financement réel du bien indivis.
Le capital restant dû de 40 000 € ne constitue donc pas automatiquement une dette commune de l'indivision.
En revanche, le notaire doit expliquer précisément comment il a traité cette dette dans son calcul de liquidation, notamment si la valeur de la maison est retenue sans qu'aucune explication ne soit donnée sur le financement de son acquisition.
Il faut également vérifier si le prêt est garanti par une hypothèque sur la maison et si cette garantie doit être levée à l'occasion d'un éventuel partage.
Attention : on ne peut pas simplement déduire les 40 000 € de la valeur de la maison sans examiner à qui incombe juridiquement la dette et quelle est la nature de la créance éventuelle entre les indivisaires.
## 3. Sur votre créance de 39 393,56 € au titre des remboursements
C'est probablement le point le plus intéressant de votre dossier.
L'article 815-13 du Code civil prévoit qu'un indivisaire qui finance personnellement des dépenses nécessaires à la conservation du bien indivis peut prétendre à une indemnité.
La jurisprudence assimile notamment au financement de dépenses de conservation le remboursement des échéances d'un emprunt ayant permis l'acquisition d'un immeuble indivis.
La Cour de cassation l'a notamment rappelé dans un arrêt du 26 janvier 2022 (pourvoi n° 20-17.89

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Plus récemment, dans un arrêt du 23 mai 2024 (pourvoi n° 22-11.649), la Cour de cassation a précisé les modalités de calcul de cette créance : il faut tenir compte de la contribution effective du remboursement du prêt au financement global de l'acquisition, puis comparer la dépense effectuée avec le profit subsistant.
Toutefois, votre situation présente une particularité : vous étiez partenaires pacsés pendant les remboursements.
L'article 515-4 du Code civil prévoit une obligation d'aide matérielle réciproque, proportionnelle aux facultés respectives des partenaires, sauf stipulation contraire.
Il faudra donc examiner si les remboursements du prêt peuvent être considérés, totalement ou partiellement, comme une contribution à cette aide matérielle.
Autrement dit, le seul fait que les prélèvements aient été effectués sur votre compte personnel ne suffit pas nécessairement à établir une créance intégrale à votre profit.
Il faudra notamment examiner :
- Vos revenus respectifs pendant le PACS.
- La répartition des dépenses du ménage.
- Le fait que la maison constituait ou non votre résidence commune.
- Les modalités de remboursement du prêt.
- Les stipulations de votre convention de PACS.
La créance de 39 393,56 € mérite donc une vérification approfondie.
## 4. Sur le montant de la soulte de 27 219,84 €
En l'état, je ne suis pas en mesure de confirmer que ce montant est juridiquement correct.
Il existe plusieurs points à contrôler dans le décompte :
1. La valeur retenue pour la maison et la méthode d'évaluation.
2. Le traitement du capital restant dû sur votre emprunt personnel.
3. La qualification de la créance de 39 393,56 € et sa méthode de calcul.
4. Le traitement des véhicules et des crédits automobiles.
5. La répartition des actifs et passifs entre les deux partenaires.
Il faut notamment comprendre pourquoi, malgré la reconnaissance d'une créance de près de 40 000 € à votre profit, le calcul aboutit à une soulte de plus de 27 000 € à votre charge.
Cela ne signifie pas nécessairement que le calcul est erroné, mais il doit être parfaitement explicité.
## 5. Sur la possibilité de contester le projet liquidatif
Oui, vous pouvez parfaitement contester un projet liquidatif notarié.
Vous n'êtes pas tenue de signer un état liquidatif dont vous contestez les modalités de calcul.
Je vous conseillerais de demander au notaire :
- Un état liquidatif détaillé faisant apparaître les droits de chacun.
- Le détail du calcul de la créance de 39 393,56 €.
- Une explication sur l'absence de prise en compte du capital restant dû de votre emprunt.
- Une justification du traitement des crédits automobiles.
- Une simulation comparative de la soulte selon les différentes qualifications retenues.
En cas de désaccord persistant, une procédure judiciaire de partage peut être envisagée.
## Mon avis
À mon sens, votre dossier mérite véritablement une seconde analyse avant toute signature.
Je ne remettrais absolument pas en cause les 50 % de propriété de votre ancien compagnon, mais je distinguerais rigoureusement :
- La propriété du bien immobilier.
- La dette personnelle que vous avez contractée pour acquérir votre quote-part.
- Les remboursements effectués pendant l'indivision.
- L'éventuelle créance que vous détenez contre l'indivision.
- L'obligation d'aide matérielle découlant du PACS.
Ces éléments ne se confondent pas et leur traitement peut avoir une incidence significative sur le montant de la soulte.
Textes et jurisprudences utiles :
- Articles 515-4, 515-5, 515-5-1 et 515-5-2 du Code civil.
- Article 815-13 du Code civil.
- Cass. 1re civ., 26 janvier 2022, n° 20-17.898.
- Cass. 1re civ., 23 mai 2024, n° 22-11.649.
Merci d'indiquer que j'ai répondu à votre question si tel est le cas.