Licenciement économique contestable : manquements de l’employeur et statut rqth
Sujet (Cloturé) initié par Cymande, il y a 11 mois - 2796 vues
Bonjour,
Je suis en CDI depuis 2 ans et demi dans une société d'environ 50 salariés (80 million d'euros de CA environ l'an passé) en tant que directeur artistique. Malgré mon rôle stratégique (direction artistique sur tous supports, prises de parole, lancement du programme d'affiliation), l'entreprise m'annonce un licenciement économique alors qu'elle maintient mes homologues juniors (capables de me replacer semble-t-il). Je suis RQTH, père de 2 enfants je sors de congé pat il y a un mois) et il y a peu mi-temps thérapeutique, enfin, j'ai subi des retards de paiement de ma rémunération, un retard de visite médicale (passée au bout de 2an) ayant aggravé mes problèmes de santé, et une surcharge de travail actuelle. Aucun reclassement ne m'a été proposé.
Votre situation est très complexe et présente de nombreux éléments qui rendent votre licenciement économique fortement contestable et potentiellement sans cause réelle et sérieuse. Vous devez agir avec prudence et rapidité.
Les fondements de la contestation
Votre cas cumule plusieurs manquements de la part de l'employeur qui peuvent vous donner des arguments très solides devant les Prud'hommes.
1. Le manquement à l'obligation de reclassement : l'argument le plus fort C'est le point central de tout licenciement économique. L'employeur a l'obligation légale de chercher toutes les possibilités de reclassement pour le salarié concerné, même si le poste est moins qualifié. Le fait que l'entreprise maintienne en poste des profils juniors et ne vous ait proposé aucune alternative est un manquement grave à cette obligation. C'est l'argument le plus direct pour contester la validité de votre licenciement économique.
2. Le statut de travailleur handicapé (RQTH) Votre statut de RQTH vous confère une protection particulière. L'employeur est tenu à un effort encore plus important pour vous maintenir dans l'emploi, y compris en adaptant votre poste. Un licenciement économique d'un salarié RQTH est un acte très encadré et peut être considéré comme discriminatoire si l'employeur n'a pas respecté ses obligations.
3. Les autres manquements graves de l'employeur Les autres éléments que vous mentionnez sont des arguments supplémentaires qui démontrent les défaillances de votre employeur :
Le retour de congé paternité : Vous bénéficiez d'une protection légale contre le licenciement pendant et après votre congé. Le timing de l'annonce de votre licenciement est à ce titre suspect.
Retard de rémunération et manquement à la visite médicale : Ce sont des manquements distincts qui constituent une violation du contrat de travail. Le défaut de visite médicale, s'il a eu un impact sur votre santé, peut faire l'objet d'une action en dommages-intérêts pour manquement à l'obligation de sécurité de l'employeur.
Que faire maintenant ?
Ne signez aucun document sans conseil : Ne signez pas de rupture conventionnelle ou d'accord sans avoir consulté un avocat.
Contactez immédiatement un avocat spécialisé en droit du travail : Votre situation est trop complexe pour être gérée seul. Un avocat saura analyser votre dossier, chiffrer les indemnités que vous pourriez obtenir et vous représenter devant le Conseil de prud'hommes. Vous pouvez le contacter via une consultation juridique gratuite ou en faisant appel à l'aide juridictionnelle si vous y avez droit.
Rassemblez les preuves :
Toutes les correspondances (emails, lettres) concernant les retards de paiement, le congé paternité, les demandes de visite médicale, etc.
Le courrier d'annonce de licenciement économique (lorsque vous le recevrez).
Tout document relatif à votre statut RQTH.
Des éléments pouvant prouver la santé économique de l'entreprise (bilan comptable, etc., si vous y avez accès) et le fait que les postes juniors sont maintenus.
Votre licenciement est fragile. Il est crucial de faire valoir vos droits.
Merci d'indiquer que j'ai répondu à votre question en cliquant sur le bouton vert de ma réponse.
Merci infiniment Maître pour votre temps et votre clarté, je précise que l'employeur me verse une partie de ma rémunération (un tiers) "en frais" de représentation ce qui est dans les faits un salaire déguisé. Et c'est précisément cette partie qui ne m'est plus versée depuis plus de 2 mois maintenant. Pensez-vous qu'il est possible de dé requalifier ces frais en salaire ?
Votre précision est essentielle. Ce que vous décrivez n'est pas un simple désaccord, mais une pratique illégale de votre employeur qui peut être sanctionnée.
Oui, il est tout à fait possible de requalifier ces frais de représentation en salaire.
Une rémunération déguisée
La loi est très claire : les frais de représentation sont des sommes versées pour rembourser des dépenses réellement engagées par le salarié dans l'intérêt de l'entreprise. Si ces sommes sont versées de manière forfaitaire et régulière, sans aucun justificatif de votre part, elles sont considérées comme une partie de votre salaire et sont donc une rémunération déguisée. C'est une fraude sociale.
Le fait que votre employeur ait cessé de les verser est une preuve supplémentaire qu'il ne s'agissait pas de frais réels, mais d'une composante de votre rémunération qu'il a décidé de supprimer.
Votre plan d'action
Votre situation actuelle vous donne de nouveaux arguments très solides pour agir. Vous ne devez pas laisser l'employeur s'en tirer.
Rassemblez toutes les preuves. Conservez tous vos bulletins de paie et relevés de compte pour prouver le versement régulier de ces sommes et l'arrêt brutal des paiements depuis deux mois.
Envoyez une nouvelle mise en demeure. Adressez à votre employeur une lettre recommandée avec accusé de réception. Dans ce courrier, rappelez le jugement des prud'hommes. Précisez que la cessation du versement de ces "frais" vous prive d'une partie de votre salaire et que vous le mettez en demeure de vous payer ces sommes sous huit jours.
Saisissez à nouveau les prud'hommes. Si votre employeur ne se conforme pas, vous devrez déposer une nouvelle requête auprès du Conseil de Prud'hommes. Votre objectif sera de demander :
La requalification des frais en salaire.
Le paiement des sommes non versées pour les deux derniers mois, avec les intérêts.
Des dommages et intérêts pour le préjudice subi.
La régularisation de vos bulletins de paie et de vos cotisations sociales.
En somme, votre employeur a commis une faute en ne respectant pas le premier jugement et en perpétuant une pratique illégale. Ce nouveau manquement vous donne un dossier très solide pour une nouvelle action en justice.
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Votre situation combine plusieurs éléments importants : un licenciement économique, un statut de travailleur handicapé (RQTH), un retour récent de congé paternité, et des manquements potentiels de l'employeur à ses obligations (retards de salaire, visite médicale tardive, absence de proposition de reclassement). Chacun de ces points peut avoir un impact juridique.
En matière de licenciement économique, l'employeur doit démontrer la réalité du motif économique (difficultés économiques, mutations technologiques, réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité, etc.) et respecter un ordre des licenciements. Cet ordre prend en compte notamment les charges de famille, l'ancienneté, la situation des salariés présentant des caractéristiques sociales rendant leur réinsertion difficile (dont le handicap), ainsi que les qualités professionnelles. Le fait de maintenir des postes juniors pouvant, selon vous, assumer vos fonctions, peut soulever la question du respect de cet ordre.
En tant que salarié RQTH, vous bénéficiez d'une protection renforcée contre la discrimination : le licenciement ne peut en aucun cas être motivé par votre handicap, sous peine de nullité. De plus, l'employeur a une obligation d'aménagement raisonnable de votre poste et doit rechercher activement un reclassement compatible avec vos capacités avant tout licenciement3. L'absence de proposition de reclassement est un manquement sérieux qui peut rendre le licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Le retour de congé paternité vous confère également une protection : pendant les 10 semaines suivant ce retour, le licenciement n'est possible que pour faute grave non liée au congé ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à ce congé. Un licenciement économique est possible, mais l'employeur doit prouver qu'il est totalement indépendant de votre congé.
Les retards de paiement de salaire et le retard de visite médicale constituent des manquements à ses obligations contractuelles et légales. La visite médicale d'embauche (ou de reprise après un arrêt long) doit intervenir dans un délai précis ; un retard ayant aggravé votre état de santé peut renforcer un argument de manquement à l'obligation de sécurité.
Au vu de la complexité et de l'enchevêtrement de ces éléments, il serait prudent de :
Consulter rapidement un avocat en droit du travail ou un défenseur syndical pour analyser la régularité de la procédure et envisager une contestation devant le Conseil de prud'hommes.
Rassembler toutes les preuves : échanges écrits, bulletins de salaire, attestations médicales, documents relatifs à votre RQTH, convocation et lettre de licenciement, organigramme montrant le maintien des postes juniors.
Contacter éventuellement l'Inspection du travail, qui peut vérifier le respect des obligations de l'employeur, notamment en matière de reclassement et de non-discrimination.
Je me tiens à votre disposition pour vous conseiller et vous assister Merci d'indiquer la question comme résolue en cliquant sur le BOUTON VERT
Chers Maîtres, Un immense merci pour vos fins éclairages ! Dernières choses : pensez-vous dans mon cas que je dois signer le CSP, avec cette histoire de salaire déguisé en frais (et en en retard depuis plus de 2 mois) et sachant que j'ai la rqth (préavis de 3 mois)... et aussi, dois-je trouver à tout prix un conseiller syndical pour mon rdv préalable de licenciement ? Encore merci !
Je vous remercie pour votre confiance. Je me permets de vous rappeler que je ne suis pas un professionnel du droit et que mon avis est d'ordre informatif. Votre situation est complexe et mérite une consultation avec un avocat spécialisé en droit du travail.
Cependant, je peux vous éclairer sur les enjeux de votre situation.
1. Faut-il signer le Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP) ?
La décision de signer ou non le CSP est une affaire de choix personnel entre la sécurité immédiate et le potentiel d'une action en justice.
Si vous signez le CSP : Vous bénéficiez immédiatement de l'allocation de sécurisation professionnelle (ASP), qui est équivalente à 75 % de votre ancien salaire brut. Vous entrez également dans un dispositif d'accompagnement renforcé. Cependant, en acceptant le CSP, vous renoncez à contester votre licenciement et à demander des dommages et intérêts pour les manquements graves de votre employeur (salaires déguisés en frais, retards de paiement).
Si vous refusez le CSP : Votre employeur doit alors procéder à un licenciement économique classique. Vous percevrez une allocation chômage (ARE) qui est généralement moins élevée (environ 57 % de votre salaire brut). L'avantage principal est que vous conservez tous vos droits pour saisir le Conseil de prud'hommes et demander la requalification de votre licenciement en licenciement sans cause réelle et sérieuse, en raison des manquements graves de l'employeur.
Le fait que votre employeur ait dissimulé une partie de votre salaire et ait des retards de paiement de plus de deux mois sont des fautes graves qui peuvent justifier la rupture du contrat de travail aux torts de l'employeur.
Mon avis : Au vu de la gravité des agissements de votre employeur, il serait très judicieux de consulter un avocat en droit du travail pour évaluer le montant potentiel que vous pourriez obtenir en justice. Ce montant pourrait être bien supérieur aux bénéfices du CSP.
2. Faut-il trouver un conseiller syndical pour le rendez-vous ?
Oui, absolument. Vous avez le droit d'être assistée lors de cet entretien, et il est très fortement recommandé de ne pas y aller seule.
Rôle du conseiller : Sa présence est cruciale. Il s'assure que la procédure est respectée, peut prendre des notes et vous conseiller avant, pendant et après l'entretien. Il ne peut pas s'exprimer en votre nom, mais sa simple présence est un atout.
Comment le trouver ? Si votre entreprise n'a pas de représentant du personnel, vous pouvez contacter la mairie de votre commune ou la DREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) pour obtenir la liste des conseillers du salarié.
En résumé, mon conseil est le suivant : trouvez un conseiller pour votre entretien préalable, et surtout, consultez un avocat pour prendre votre décision concernant le CSP. C'est une décision très importante.
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