Bonjour,
Votre crainte est parfaitement fondée, mais il faut lever une confusion de départ : pouvoir « se salarier » ne dépend pas vraiment de la forme juridique retenue, cela dépend de la trésorerie disponible. Aucun statut ne crée du revenu tant que l'activité n'en produit pas. La question du statut et celle du financement de vos premiers mois sont deux sujets distincts, et c'est la seconde qui répond réellement à votre inquiétude.
Sur le statut, d'abord. En entreprise individuelle, y compris sous le régime du micro-entrepreneur, vous ne pouvez pas être votre propre salarié. Le contrat de travail suppose un lien de subordination, caractérisé par l'exécution d'un travail sous l'autorité d'un employeur qui a le pouvoir de donner des ordres et des directives, d'en contrôler l'exécution et de sanctionner les manquements de son subordonné (Cass. soc., 28 novembre 2018, n° 17-20.079 ). On ne peut évidemment pas être à la fois l'employeur et le subordonné. Votre revenu est alors constitué du bénéfice de l'activité, que vous prélevez quand la caisse le permet.
En EURL, ce n'est pas différent sur le principe : le gérant associé unique relève de la sécurité sociale des travailleurs indépendants (art. L. 611-1 du code de la sécurité sociale ). Il peut décider de s'attribuer une rémunération de gérance, déductible du résultat si la société est à l'impôt sur les sociétés, mais ce n'est pas un salaire et cela n'ouvre aucun droit à l'assurance chômage.
Seule la SASU permet un véritable bulletin de paie : le président est affilié au régime général de la sécurité sociale en qualité d'assimilé salarié (art. L. 311-3, 23° du code de la sécurité sociale ). Deux réserves importantes, cependant. Assimilé salarié ne veut pas dire salarié : faute de contrat de travail, le président ne cotise pas à l'assurance chômage et n'ouvre aucun droit à ce titre. Et à revenu net identique, le coût global des cotisations est sensiblement plus élevé qu'en EURL, ce qui pèse lourd précisément dans la phase où la trésorerie est la plus tendue. Ajoutons que la SASU sans rémunération ne procure aucune couverture sociale, alors que le gérant d'EURL cotise même en l'absence de rémunération, sur une base minimale.
Ne comptez pas non plus sur les dividendes pour vous dépanner au démarrage : ils ne peuvent être distribués qu'après approbation des comptes annuels et constatation de sommes distribuables, donc au plus tôt après la clôture du premier exercice, les acomptes sur dividendes supposant un bilan intermédiaire certifié par un commissaire aux comptes (art. L. 232-12 du code de commerce ).
Venons-en au vrai sujet, celui du revenu pendant la montée en charge. Si vous êtes actuellement demandeur d'emploi indemnisé, vous avez deux voies. Soit vous conservez le versement de votre allocation, partiellement recalculée en fonction des revenus que l'entreprise vous procure, ce qui lisse vos ressources sur toute la durée de vos droits. Soit vous optez pour l'ARCE, qui vous fait verser en capital une fraction du reliquat de vos droits, en deux échéances, pour financer le lancement. Le pourcentage applicable est fixé par la réglementation d'assurance chômage et évolue régulièrement : faites-le confirmer par France Travail avant d'arbitrer, car l'option est en pratique irréversible et le calcul dépend du montant de vos droits restants. Le code du travail énumère par ailleurs les publics éligibles aux aides à la création ou à la reprise d'entreprise (art. L. 5141-1 du code du travail ).
Pensez également à demander l'ACRE lors de la création : cette exonération partielle de cotisations est accordée pour douze mois, son montant étant plafonné et dégressif selon le niveau de revenu (art. L. 131-6-4 du code de la sécurité sociale ). Elle allège d'autant le coût de votre rémunération la première année, quelle que soit la structure choisie.
En pratique, arbitrez donc dans cet ordre : commencez par estimer le revenu dont vous avez besoin et la date à laquelle l'activité pourra le supporter, regardez ensuite ce que France Travail peut vous verser dans l'intervalle, et choisissez seulement à ce moment-là entre micro-entreprise, EURL et SASU. Un rendez-vous avec un expert-comptable pour chiffrer les deux scénarios, puis avec un avocat pour la rédaction des statuts si vous partez sur une société, vous coûtera bien moins cher qu'un changement de structure dans dix-huit mois.
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