Je vous remercie pour vos conseils et pour la prudence de votre analyse. Je souhaitais néanmoins solliciter votre avis sur un point de droit qui semble central dans ce dossier : la portée de la possession d'état de Français.
Le titre de souveraineté en notre possession est une CNI délivrée en janvier 1957 par la Préfecture de Police de Paris (Série BU), alors que l'intéressé résidait en métropole depuis 1948.
Ma réflexion est la suivante, et j'aimerais avoir votre éclairage :
Sur la valeur du titre : Puisque cette carte a été établie à Paris avant l'unification des modèles de mars 1957, peut-on considérer que le choix de la série BU par l'administration de l'époque constitue un acte de reconnaissance du statut de droit commun ? Il me semble qu'à cette date, les services préfectoraux distinguaient encore rigoureusement les statuts lors de l'instruction des dossiers.
Sur la possession d'état : Si l'on combine ce titre avec une carrière complète en France et le versement actuel d'une pension de réversion, ne peut-on pas soutenir que la possession d'état de Français de droit commun est caractérisée ?
3. Sur l'article 30-3 : Étant donné que le décès est survenu en 2008 (soit 46 ans après l'indépendance), le délai de 50 ans nécessaire à la désuétude ne semble pas atteint, ce qui permettrait de maintenir la preuve par la filiation.
Selon votre expérience, le Greffe ou le Tribunal peut-il s'écarter de cette présomption de droit commun issue d'un titre métropolitain pour exiger un décret de naturalisation, alors même que l'intéressé a toujours été traité comme Français par les autorités publiques ?
l'administration ou le juge ne peuvent pas, à eux seuls, « faire perdre » la nationalité française par désuétude : seul un jugement peut constater cette perte après débat contradictoire, et seulement si toutes les conditions légales sont réunies (résidence à l'étranger sur plus de 50 ans, absence de possession d'état de Français)
Dans votre cas, la CNI délivrée à Paris en 1957, la vie professionnelle entière en France et la pension de réversion versée par les organismes français sont de forts indices que l'intéressé a été traité en pratique comme un Français de droit commun, ce qui va dans le sens d'une possession d'état constante de Français.
La mention de la série BU ne vaut pas, à elle seule, « preuve automatique » du statut civil de droit commun, mais elle s'inscrit dans un ensemble cohérent d'éléments à produire pour démontrer que l'intéressé était bien regardé comme Français, ce qui rend très difficile, en l'absence de décision judiciaire spécifique, de soutenir juridiquement une perte de nationalité par désuétude avant son décès en 2008.
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Je vous remercie pour ces précisions qui confortent l'idée que le statut doit s'apprécier à travers un faisceau d'indices cohérents. Pour approfondir ce point, il me semble important de souligner que la possession d'état de mon grand-père est solidement documentée par-delà l'indépendance de l'Algérie. Son relevé de carrière CNAV atteste en effet d'une activité professionnelle ininterrompue en métropole de 1948 jusqu'en 1965, prouvant qu'il a continué de travailler et de cotiser sous le même statut trois ans après 1962, sans jamais avoir à solliciter de titre de séjour.
Cette reconnaissance par les autorités françaises s'étendait également à sa cellule familiale, comme en témoigne la carte SNCF Famille Nombreuse de ma grand-mère délivrée en 1963, ou encore le fait que mon père soit né en 1960 à Senlis. En joignant ce titre de souveraineté métropolitain de la série BU de 1957 aux preuves d'un traitement constant comme citoyen français après 1962, pensez-vous que cet ensemble de faits établit de manière suffisamment probante le statut de droit commun ? Plus concrètement, au regard de la pratique actuelle, quel est votre avis sur l'issue d'une demande de certificat de nationalité française auprès du greffe avec un tel dossier ?
toutes ces pièces vont dans le sens d'une « possession d'état » continue de Français pour votre grand‑père, au sens de l'article 30‑2 du code civil : il s'est comporté comme Français et a été traité comme tel par les administrations (emploi et cotisations en France après 1962, absence de titre de séjour, avantages SNCF famille nombreuse, titre de souveraineté, naissance de votre père en métropole)
Or, lorsque cette possession d'état se poursuit de façon constante après l'indépendance, elle fait présumer qu'il était de statut civil de droit commun et qu'il a conservé de plein droit la nationalité française, sauf preuve contraire que devrait apporter le ministère public
Ces éléments, présentés de manière structurée dans une action déclaratoire de nationalité, sont donc pertinents pour soutenir que votre grand‑père, puis votre père, étaient Français par filiation.
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