Bonjour,
Votre situation est malheureusement classique en 2026, et votre réaction est la bonne : ce que vous décrivez n'a rien d'un placement. Je réponds à vos questions dans l'ordre.
1. L'administration a-t-elle le droit de requalifier vos bénéfices en revenus du patrimoine ?
Elle a le droit de le proposer. Cela ne signifie pas qu'elle a raison. L'option de votre SASU pour l'impôt sur le revenu est parfaitement légale, et votre expert-comptable ne vous a pas mal conseillé en la proposant. Le débat porte sur un seul point : la nature de vos bénéfices.
L'administration soutient qu'en l'absence de salaire et de cotisations sociales, ces bénéfices ne rémunèrent pas votre travail et relèvent du patrimoine, taxé à 17,2 %. Or la loi vise précisément le cas de l'associé qui exerce son activité au sein d'une société soumise à l'impôt sur le revenu. Vous travaillez à plein temps, vous prospectez, vous facturez : ce sont des revenus d'activité. L'administration l'écrivait d'ailleurs elle-même dans ses commentaires officiels publiés, qu'elle ne peut en principe pas contredire.
Quant à la réponse ministérielle de juin 2026, elle exprime la position du ministre. Elle ne lie pas le juge, et aucune juridiction ne s'est encore prononcée sur cette question précise. Le terrain reste donc entièrement ouvert.
2. Faut-il payer tout de suite ou contester la proposition de rectification ?
Ne payez rien et ne renvoyez surtout pas le courrier signé pour accord. La proposition de rectification n'est qu'une proposition : vous avez 30 jours à compter de sa réception pour présenter vos observations. Si ce délai est trop court, demandez par écrit, avant son expiration, un délai supplémentaire de 30 jours. Il est accordé de plein droit, sans justification.
Ces observations ne sont pas une formalité. C'est le moment où l'administration doit justifier sa position point par point. Dans plusieurs dossiers récents, le service a d'ailleurs annulé et refait ses propres propositions après avoir reçu des observations argumentées. Si elle maintient ensuite le redressement, d'autres recours existent : le supérieur hiérarchique du vérificateur, la réclamation, puis le tribunal administratif. Il est également possible, sous conditions, de différer le paiement le temps de la contestation.
Dès maintenant, rassemblez vos contrats, vos factures, vos échanges avec vos clients, vos déclarations fiscales, l'acte d'option pour l'impôt sur le revenu et, le cas échéant, vos bulletins de salaire. Votre défense se gagne sur les faits.
3. Le redressement peut-il concerner 2025, et faut-il se verser un salaire ?
Pour 2025, la réponse est probablement oui. L'administration étend volontiers ces contrôles aux années les plus récentes, parfois en cours de procédure. Mieux vaut l'anticiper que le découvrir.
Sur le salaire, une précision d'abord : en tant que président de SASU, vous relevez du régime des assimilés salariés, que vous vous versiez une rémunération ou non. C'est justement sur ce point que l'administration construit son raisonnement. Mon conseil est de ne rien modifier dans l'urgence. Instaurer un salaire aujourd'hui ne régularise pas les années contrôlées, et la décision a des conséquences sur votre coût social, votre retraite et l'intérêt même de l'option. Elle mérite une analyse d'ensemble, une fois la stratégie de défense arrêtée.
4. Quelles sont vos chances, et faut-il un avocat ?
Personne d'honnête ne peut vous promettre un résultat. En revanche, vos arguments sont sérieux, et la position de l'administration est loin d'être imparable. L'enjeu, plus de 55 000 € sur deux ans, et probablement davantage avec 2025, justifie à mon sens un accompagnement dès la réponse à la proposition. C'est à ce stade que tout se joue, pas devant le tribunal.
Sur le coût, les cabinets qui traitent ce contentieux au quotidien proposent généralement un forfait couvrant l'ensemble de la procédure, complété par un honoraire de résultat calculé sur les sommes effectivement obtenues. La dépense reste ainsi proportionnée à l'enjeu, et une partie n'est due qu'en cas de succès.
En résumé : ne payez pas, notez la date de réception, demandez si besoin la prorogation du délai, réunissez vos pièces et faites-vous accompagner pour les observations. La précipitation n'est jamais de bon conseil ; l'inaction non plus.
Je reste à votre disposition via mon profil si vous souhaitez un premier regard sur votre proposition.
Maître Antoine Gouin, avocat fiscaliste, cabinet Alphard Law
Cliquez ici pour commenter la réponse ci-dessus