Bonjour @Lola 8764
Un avertissement constitue une sanction disciplinaire au sens de l'article L.1331-1 du Code du travail, c'est-à-dire une mesure prise par l'employeur à la suite d'un agissement qu'il considère comme fautif.
Le fait que vous soyez en arrêt de travail ne rend pas, à lui seul, l'avertissement automatiquement irrecevable. En revanche, l'employeur ne peut pas se servir de votre arrêt, de votre état de santé, ou d'une situation de souffrance au travail, pour exercer une pression disciplinaire injustifiée.
En outre, les faits reprochés doivent être objectifs, précis, matériellement vérifiables, imputables au salarié et non prescrits. À cet égard, l'article L.1332-4 du Code du travail prévoit qu'aucun fait fautif ne peut donner lieu à poursuite disciplinaire au-delà de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance.
Points de vigilance
L'avertissement peut être contesté si les griefs sont matériellement inexacts, disproportionnés ou présentés de manière déloyale.
Ainsi, vous indiquez que certaines tâches n'étaient pas encore exigibles au moment de votre arrêt, puisque vous disposiez encore d'un délai pour les accomplir. Dans ce cas, il est contestable de transformer une tâche non encore arrivée à échéance en manquement disciplinaire.
De même, s'agissant de la réservation d'hôtel, si aucun préjudice financier n'a été subi par l'association, ou si la dépense a été prise en charge par un organisme tiers, le grief doit être relativisé. Une simple difficulté organisationnelle ou une erreur sans conséquence financière ne justifie pas nécessairement une sanction disciplinaire, sauf faute caractérisée.
Concernant le logiciel RH, le fait d'avoir proposé ou utilisé un outil destiné à pallier l'absence de support de gestion du personnel ne constitue pas en soi une faute. Il faut distinguer une insuffisance professionnelle, c'est-à-dire une difficulté dans l'exécution du travail, d'une faute disciplinaire, qui suppose un comportement fautif imputable au salarié. Cette distinction est importante, car l'employeur ne peut pas qualifier artificiellement de faute ce qui relève seulement d'une organisation imparfaite ou d'une charge de travail non maîtrisée.
Enfin, si vous estimez subir un harcèlement moral, il convient d'être particulièrement vigilante. L'article L.1152-1 du Code du travail interdit les agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits, à la dignité, à la santé ou à l'avenir professionnel du salarié. Et l'article L.1152-2 du Code du travail protège le salarié qui subit ou relate de bonne foi des faits de harcèlement moral.
En l'état, on ne peut pas affirmer avec certitude que votre employeur prépare nécessairement un licenciement. En revanche, l'envoi d'un avertissement pendant un arrêt de travail, sur des griefs que vous présentez comme discutables, peut constituer un élément d'un contexte plus large de dégradation de vos conditions de travail ou de constitution progressive d'un dossier disciplinaire.
3 Conseils applicables
Premièrement, répondez par écrit à l'avertissement, de manière factuelle et mesurée, en contestant point par point les griefs : délais non échus, absence de préjudice financier, utilité du logiciel RH, données déjà intégrées, absence d'intention fautive et contexte de surcharge ou de désorganisation interne.
Deuxièmement, conservez l'intégralité des preuves : arrêt de travail, courrier recommandé, échanges de mails, consignes reçues, délais initialement fixés, justificatifs de prise en charge de l'hôtel, éléments relatifs au logiciel RH, ainsi que tout document démontrant votre charge de travail ou les comportements que vous qualifiez de harcèlement.
Troisièmement, envisagez de saisir ou d'alerter les interlocuteurs adaptés : médecin du travail, inspection du travail, représentants du personnel s'il en existe, voire avocat en droit du travail. Compte tenu de votre état psychologique, il est également essentiel de faire constater médicalement les conséquences de cette situation, sans nécessairement révéler à l'employeur le détail médical de votre arrêt.
Votre employeur n'a pas à connaître le motif médical précis de votre arrêt de travail. En revanche, si vous souhaitez invoquer une situation de harcèlement moral ou de souffrance au travail, il est préférable de le faire de manière juridiquement encadrée, avec des termes précis et des éléments objectifs, afin d'éviter toute contestation ultérieure sur la formulation ou la chronologie.
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Bien à vous,
Maître Jordan MINARY
Avocat au Barreau de LYON
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